Lahav Shani demande des comptes aux dirigeants israéliens dans une lettre ouverte

À quelques jours des législatives du 27 octobre 2026, le chef d'orchestre israélien prend position sur la guerre à Gaza et l'avenir politique de son pays. Publiée le jeudi 22 octobre dans Haaretz et la Süddeutsche Zeitung, sa lettre réclame aussi l'égalité pour les citoyens arabes d'Israël.

François Lejeune

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La responsabilité des dirigeants et l'égalité des citoyens

Ses prises de position avaient jusqu'ici été jugées trop timides. Lahav Shani, directeur musical de l'Orchestre philharmonique d'Israël, dirige également l'Orchestre philharmonique de Munich comme chef principal et reste chef honoraire de celui de Rotterdam. Dans sa lettre au quotidien israélien de gauche Haaretz et au journal allemand Süddeutsche Zeitung, il met en cause les dirigeants de son pays.

"Ceux qui dirigeaient mon pays le 7-Octobre doivent répondre des échecs politiques et des défaillances du renseignement qui ont conduit aux atrocités de ce jour-là, ainsi qu'aux événements qui ont suivi", écrit-il.

Il pose également une exigence à ceux qui souhaitent gouverner : "Ensuite, quiconque aspire à diriger le pays doit s'engager à le faire pour tous ses citoyens, ce qui signifie reconnaître les citoyens arabes d'Israël comme des citoyens égaux à tous les autres, à tous égards." Il condamne à ce titre le "boycott systématique" des partis politiques arabes israéliens, une attitude qu'il qualifie de "honteux" et qu'il attribue au racisme.

La participation de ces partis est aussi un enjeu du scrutin. Saisi à la demande de membres de la coalition de Benjamin Netanyahu, le Comité central des élections avait exclu deux listes majoritairement arabes, avant que la Cour suprême d'Israël n'annule cette décision. Selon 7sur7, les sondages demeuraient serrés à cinq jours du vote : l'opposition conduite par le centriste Gadi Eisenkot pourrait avoir besoin des partis arabes pour empêcher Benjamin Netanyahu de se maintenir au pouvoir.

Des critiques sur Gaza et la violence des colons

Lahav Shani reproche à des membres du gouvernement de fermer les yeux sur les violences commises par des colons israéliens en Cisjordanie, voire de les encourager. Il y voit une "grave faute éthique" qui compromet l'avenir d'Israël en tant que démocratie légitime.

Il critique également les déclarations de responsables israéliens élus, notamment celle selon laquelle "lâcher une bombe nucléaire sur Gaza fait partie des options". Pour le chef d'orchestre, de tels propos soulèvent "des questions morales troublantes".

Les boycotts et les concerts contestés

La lettre dénonce aussi les pressions et les boycotts qui visent les artistes israéliens. Lahav Shani évoque un concert de l'Orchestre philharmonique d'Israël à Paris au cours duquel des perturbateurs ont allumé des feux dans la salle et jeté des objets sur les musiciens.

Le chef d'orchestre a lui-même fait l'objet d'appels au boycott. En septembre 2025, le Festival de Flandre, à Gand, avait annulé sa prestation avec l'Orchestre philharmonique de Munich. Le Premier ministre belge Bart De Wever s'était ensuite déplacé à Essen pour assister à un concert et lui témoigner son soutien.

Une autre venue en Belgique reste prévue le 24 novembre 2026, à Bozar, à Bruxelles, avec l'Orchestre philharmonique de Munich. L'annonce de ce concert, en mai, a entraîné la démission de trois membres du conseil d'administration de Bozar. Des acteurs culturels belges ont également signé une pétition pour en demander l'annulation.

Bart De WeverBelgiqueConflit israélo-palestinien
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