Une exemption soumise à un signalement préalable
L'absence de permis d'urbanisme valable ressort de cette réponse parlementaire. Audrey Henry, secrétaire d'État bruxelloise à l'Urbanisme, précise qu'une installation temporaire à vocation événementielle et récréative peut en principe être exemptée si sa présence ne dépasse pas six mois par an. Encore faut-il signaler le début du chantier sur MyPermit au moins 60 jours à l'avance pour bénéficier de cette exemption.
D'après la secrétaire d'État, l'organisateur n'aurait jamais effectué ce signalement. Cette réponse contredit les assurances données en juin par la Ville de Bruxelles : selon Lotte Stoops, le collège avait alors indiqué que les services compétents avaient examiné le dossier et les permis requis. La députée émet également des doutes sur l'existence du permis d'environnement nécessaire.
Ce que la Ville avait autorisé
Une autorisation communale d'occupation de l'espace public avait bien été délivrée. Le 28 mai 2026, le Collège des bourgmestre et échevins avait donné son accord à David Roelandt, de DMM GROUP BV, société établie à Flobecq, pour organiser Prodigy12 place De Brouckère. Le calendrier autorisé allait du 19 juin au 23 août 2026, entre 14 h et 21 h 30, avec un montage prévu le 29 mai, puis un démontage et un nettoyage du 24 au 31 août.
Cet accord imposait d'informer les riverains au préalable et de respecter les recommandations de la police, les avis de la COAMU et du SIAMU, le règlement général de police ainsi que l'interdiction du plastique à usage unique. Sur la durée effective de présence du cube, le média bruxellois BRUZZ avance le chiffre de 48 jours.
Un spectacle inscrit aux Plaisirs d'été et contesté
Inauguré un jeudi soir, Prodigy12 figurait parmi les premiers rendez-vous des Plaisirs d'été de la Ville de Bruxelles. Cette programmation comprenait notamment Quai d'Été, le Vaux Hall Summer, Classissimo et le Brussels Dance Festival, organisés par la Ville et Brussels Major Events.
À l'intérieur du cube, des écrans LED disposés à 360 degrés formaient les décors numériques d'un spectacle d'environ une heure mêlant musique et danse. Un pianiste, une chanteuse, deux violonistes et une danseuse-acrobate se produisaient sur scène. Sept créateurs belges et parisiens avaient développé le projet, dont les billets coûtaient de 15 à 29 euros.
Des organisations citoyennes bruxelloises avaient dénoncé durant l'été une "privatisation de l'espace public". À l'inauguration, l'échevine des Grands Événements et du Tourisme, Nawal Ben Hamou (PS), avait au contraire défendu l'initiative, se disant "fière d'accueillir Prodigy12, un projet de deux Bruxellois". Elle avait ajouté : "J'avoue que je ne comprends pas les plaintes. À la mi-août, l'installation sera partie."
Les critiques concernaient aussi le travail au sein de la troupe. Selon Bruxelles Today, des artistes avaient dénoncé un rythme qu'ils jugeaient trop soutenu pour être tenable.
La contrepartie financière de l'occupation en question
Lotte Stoops demande également si l'organisateur a payé pour utiliser la place. Une source citée par la députée affirme que l'occupation aurait été gratuite. L'élue avance par ailleurs un revenu brut de 110 000 euros par jour de spectacle.
"L'espace public est à tous les Bruxellois. Quiconque octroie durant un été une place publique au profit d'un projet commercial doit au moins s'assurer que les règles sont respectées et être transparent sur ce que la ville en retire", insiste Lotte Stoops.
La redevance et les retombées de l'événement font aussi l'objet d'une question parlementaire bruxelloise de Mathilde Vermeire, datée du 21 septembre 2026. Celle-ci demande le montant versé pour l'utilisation de la place, les bénéfices pour la Ville en matière de fréquentation et d'impact économique sur le quartier et ses commerçants, ainsi que l'existence d'une analyse d'impact préalable. Elle relève enfin qu'une activité semi-commerciale occupait de nouveau la place dès le lendemain du démontage du cube.


