Bart De Wever, chef responsable : quitte ou double
Bart De Wever a bâti toute sa carrière politique sur une image de gestionnaire rigoureux. Durant ses douze années à la tête d'Anvers, de janvier 2013 à février 2025, il a transformé les finances de la ville en effaçant totalement sa dette historique envers Belfius et en réduisant les impôts locaux. Cette réputation de champion de la goed bestuur (bonne gouvernance) lui a permis de faire de l'assainissement budgétaire un argument électoral central lors de la campagne de 2024.
Assermenté Premier ministre le 3 février 2025 après huit mois de négociations post-électorales, Bart De Wever a répété qu'il endossait cette fonction non par ambition personnelle, mais par sens des responsabilités face à l'urgence de redresser les finances publiques belges. Pourtant, depuis son arrivée au 16, rue de la Loi, le leader nationaliste flamand se heurte à une réalité bien différente de celle qu'il a connue à Anvers.
Deux reports successifs d'une ampleur inédite
Pour la deuxième année consécutive, Bart De Wever a dû reporter sa déclaration de politique générale du deuxième mardi d'octobre devant le Parlement, faute d'accord budgétaire au sein de son gouvernement. Cette situation inédite illustre les difficultés que rencontre le Premier ministre à imposer sa ligne de rigueur à une coalition de cinq partis aux intérêts divergents.
Le gouvernement de coalition Arizona réunit la N-VA (nationalistes flamands), le MR (libéraux francophones), Les Engagés (centristes francophones), le CD&V (chrétiens-démocrates flamands) et Vooruit (socialistes flamands), avec quinze ministres dont sept flamands et sept francophones. Cette composition complexe rend les négociations budgétaires particulièrement ardues.
Un contexte financier alarmant
Les enjeux sont pourtant considérables. Le déficit budgétaire belge a atteint 5,2 % du PIB en 2025, contre 4,4 % en 2024, plaçant la Belgique au troisième rang des pires déficits de l'Union européenne derrière la Pologne et la Roumanie. La dette publique s'élève à environ 108 % du PIB, quatrième ratio le plus élevé de l'UE27 après la Grèce, l'Italie et la France, très loin des limites européennes de 3 % pour le déficit et 60 % pour la dette.
La Belgique est placée sous la procédure de déficit excessif de l'UE et doit ramener son déficit sous la barre des 3 % d'ici 2029, conformément à la décision du Conseil de l'Union européenne prise en juin 2025. Le gouvernement s'est engagé à trouver 10 milliards d'euros d'économies d'ici cette échéance, un objectif convenu avant l'été 2025.
Sans mesures correctives, le Bureau fédéral du Plan projette une aggravation dramatique : le déficit atteindrait 5,7 % en 2029 et dépasserait 6 % en 2031, tandis que le ratio d'endettement grimperait à 117 % en 2029 et 122 % en 2031.
Les marchés financiers perdent patience
Les tensions budgétaires ont déjà eu des conséquences concrètes. L'agence de notation Moody's a dégradé la note de crédit de la Belgique de Aa3 à A1 le 17 avril 2026, puis a confirmé cette notation le 10 octobre 2026 tout en prévenant que la dette continuerait d'augmenter sans consolidation budgétaire crédible.
Au cœur du blocage figure notamment une réforme de la TVA qui a suscité de vives tensions avec le MR. Selon plusieurs sources concordantes, Bart De Wever aurait retiré cette proposition de son dernier plan face à l'opposition catégorique du président du MR, Georges-Louis Bouchez, illustrant les rapports de force au sein de la coalition.
Une crédibilité en péril
L'incapacité répétée à trouver un accord budgétaire fragilise considérablement l'image de gestionnaire responsable que Bart De Wever s'était forgée. Celui qui affirmait vouloir appliquer à l'échelle fédérale la recette qui avait réussi à Anvers se trouve confronté aux réalités d'un exercice de coalition bien plus complexe que la gestion d'une ville, aussi importante soit-elle.
Le contraste est saisissant entre le succès anversois et les difficultés actuelles. À Anvers, De Wever disposait d'une majorité claire et pouvait imposer ses choix. Au fédéral, il doit composer avec des partenaires de coalition qui ont leurs propres lignes rouges et leurs propres électorats à ménager.
Pour le Premier ministre, l'enjeu dépasse désormais le seul budget. C'est sa capacité même à gouverner le pays qui est mise en question, avec le risque que son passage au pouvoir fédéral ne vienne ternir durablement une réputation patiemment construite durant plus d'une décennie à la tête de la métropole flamande.






