Un requin-bouledogue coincé dans un canal de Busan devient une sensation virale et booste l'économie locale

Un requin-bouledogue de 3,5 mètres piégé dans une voie d'eau artificielle à Busan, en Corée du Sud, attire des foules massives, stimule les ventes locales et fait même grimper l'action de Pinkfong en Bourse.

Sophie Vandenberghe

3 min de lecture

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Un requin-bouledogue coincé dans un canal de Busan devient une sensation virale et booste l'économie locale

Un requin-bouledogue de 3,5 mètres s'est retrouvé piégé dans un canal artificiel de Busan, deuxième ville de Corée du Sud avec ses 3,3 millions d'habitants et sixième port à conteneurs le plus actif au monde. Loin de passer inaperçu, l'animal est devenu une véritable célébrité locale, déclenchant un engouement populaire inattendu et des retombées économiques surprenantes.

Apparu ce mois-ci dans cette voie d'eau du grand port du sud-est du pays, le requin-bouledogue refuse obstinément de regagner la mer malgré les tentatives des garde-côtes. Ces derniers ont tenté de le guider vers le large en projetant de l'eau depuis leurs embarcations, mais l'animal n'a pas bougé. Cette espèce possède une capacité physiologique rare appelée osmorégulation, qui lui permet de réguler l'équilibre entre sel et eau dans son organisme, ce qui explique pourquoi elle peut survivre aussi bien en eau salée qu'en eau douce.

« Bukhangi », la nouvelle star de Busan

Surnommé affectueusement « Bukhangi » par ses admirateurs, en référence au nom du port, le requin attire désormais d'importantes foules de curieux. Les habitants de Busan se pressent pour observer ce visiteur inattendu, malgré le fait que les requins-bouledogues figurent parmi les espèces les plus dangereuses pour l'homme en raison de leur comportement agressif et de leur tendance à fréquenter les eaux côtières peu profondes.

Des retombées économiques inattendues

L'effet « Bukhangi » se fait rapidement sentir sur l'économie locale. Les ventes de glaces en forme de requin ont bondi de près de 30 % dans les supérettes du quartier. Le maire de Busan, Chun Jae-soo, a remercié l'animal pour cette publicité gratuite qui aurait autrement coûté « des milliers de milliards » de wons, soit plusieurs centaines de millions d'euros. Dans un geste symbolique, Bukhangi a même été désigné ambassadeur honoraire de la ville chargé de sa promotion, recueillant 91 % des voix.

La frénésie a également gagné la Bourse de Séoul. L'action de The Pinkfong Company, studio à l'origine de la chanson virale « Baby Shark » devenue la vidéo la plus vue de l'histoire de YouTube avec plus de 17 milliards de vues depuis novembre 2020, a brièvement progressé de plus de 7 %. Les investisseurs ont apparemment réagi à l'association entre la popularité du requin et la marque emblématique de l'entreprise.

Une présence exceptionnelle liée au réchauffement climatique

La présence de ce requin-bouledogue dans les eaux coréennes reste exceptionnelle. Ces prédateurs, qui peuvent atteindre 3,4 mètres de longueur et peser entre 90 et 230 kilogrammes, vivent habituellement dans les eaux tropicales et subtropicales. Leur apparition en Corée du Sud est extrêmement rare, selon Kim Jin-koo, professeur à l'Université nationale de Pukyong.

« Avec la hausse de la température des eaux autour de la Corée du Sud, il semble s'être rapproché des côtes »

Les données scientifiques confirment cette tendance : les températures de surface de la mer dans les eaux sud-coréennes ont augmenté à un rythme environ 2,6 fois supérieur à la moyenne mondiale au cours des 55 dernières années, le détroit de Corée s'étant réchauffé d'environ 1,4°C depuis 1968.

L'espèce est d'ailleurs connue pour ses capacités remarquables à remonter les cours d'eau. Des spécimens ont été observés dans le fleuve Mississippi jusqu'à Alton dans l'Illinois, à quelque 1.100 kilomètres de l'océan, et même à près de 3.700 kilomètres en amont dans l'Amazone au Pérou.

Désinformation et tentatives de sauvetage

Le phénomène « Bukhangi » a également alimenté la désinformation en ligne. Après le signalement d'un autre poisson dans le canal, des internautes ont affirmé qu'il s'agissait du petit du requin, diffusant des images générées par intelligence artificielle. Un responsable du service des parcs de la ville a démenti ces rumeurs, confirmant qu'aucun autre requin n'avait été aperçu depuis le port.

Classés comme « quasi menacés » sur la Liste rouge de l'UICN, les requins-bouledogues sont vulnérables aux impacts humains, notamment la pollution et la dégradation de leur habitat, en raison de leur tendance à vivre près des côtes. Vendredi, les autorités tenteront une nouvelle fois de reconduire l'animal vers la mer, mettant potentiellement fin à cette aventure devenue virale.

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