Le para-commando mort dans les Pyrénées ne figurera pas sur la liste commémorée le 7 avril

Le militaire belge décédé le 10 octobre lors d'un exercice près de Pau ne sera pas inscrit parmi les morts en mission honorés chaque année à Bruxelles. Selon Johan Massart, responsable du projet de recherche BELMILCAS, cette liste concerne les missions humanitaires ou armées, et non les entraînemen…

Thomas Peeters

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La distinction entre mission et entraînement

Le para-commando a fait une chute mortelle dans un ravin des Pyrénées françaises alors qu'il participait à Airlift Block Training. Cet exercice semestriel rassemble le 15e Wing de transport aérien et le Special Operations Regiment dans la région de Pau. Pour Johan Massart, son décès s'apparenterait à un accident du travail et ne relève pas du recensement des militaires morts en mission.

La distinction ne tient toutefois pas aux seules circonstances de la mort. La Défense indique qu'un décès causé par un accident de la route, un accident d'entraînement ou une maladie liée à la mission peut être retenu. C'est le cadre dans lequel le militaire était engagé qui compte : un entraînement effectué au cours d'une mission peut entrer dans le périmètre de la commémoration, contrairement à un exercice mené en dehors d'une telle mission.

D'autres accidents ont touché l'armée belge ces derniers mois. Fin novembre 2025, en Lituanie, un militaire de 22 ans a été mortellement blessé pendant un exercice de tir de mortier au cours d'une mission de l'OTAN. En mai de la même année, le déclenchement accidentel d'un projectile antichar avait blessé trois militaires, dont deux grièvement, lors de l'exercice Red Condor en Écosse.

257 noms honorés en 2026

La cérémonie annuelle se déroule le 7 avril au pied de la Colonne du Congrès, à Bruxelles. Selon le site de la Défense belge, cette journée est consacrée depuis 1998 aux militaires belges morts en opérations armées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle rappelle l'assassinat de dix casques bleus belges à Kigali le 7 avril 1994, pendant la mission de paix de l'ONU au Rwanda, la MINUAR, également appelée UNAMIR.

Le service du protocole du Chef de la Défense (CHOD) établit et valide la liste des noms lus. Le 7 avril 2026, celle-ci comptait 257 militaires, soit trois de plus qu'un an auparavant. La Défense explique cette évolution par l'ajout de deux noms après des recherches et des vérifications, ainsi que par l'inscription de Danfo Van Der Velden, décédé en 2025.

Ce recensement ne couvre donc pas tous les décès de militaires belges. Il exclut notamment ceux survenus au Congo belge, au Rwanda et au Burundi avant le 30 juin 1960, date de l'indépendance du Congo, ainsi que ceux enregistrés en Allemagne après 1945.

Le portail de recherche de l'École royale militaire fournit un autre point de comparaison : en 2022, 252 noms avaient été lus au monument du Soldat inconnu à Bruxelles. Il s'agissait uniquement d'hommes, aucune femme ne figurant alors sur la liste.

Un recensement nourri par la recherche historique

À l'École royale militaire, le projet BELMILCAS, pour Belgian Military Casualties, contribue aux recherches sur ces décès. Financé dans le cadre de l'appel DFR, il est en cours et couvre la période du 6 novembre 2023 au 5 novembre 2027. Johan Massart indique que 80 % des personnes tuées recensées ont perdu la vie lors d'actions contre l'ennemi.

Selon la Défense, les 257 morts commémorés se répartissent entre l'Afrique, avec 130 décès, l'Asie, avec 112, et l'Europe, avec 15. En Afrique, les pertes ont notamment marqué la période entourant l'indépendance du Congo en 1960. La République démocratique du Congo est aussi la zone de conflit où l'engagement s'est étendu sur la plus longue durée : 98 militaires y sont morts au fil d'opérations réparties sur près d'un demi-siècle.

Les pertes en Asie sont liées à la guerre de Corée. La Défense précise que cinq militaires belges tués durant ce conflit sont toujours portés disparus. En Europe, le conflit en ex-Yougoslavie a notamment coûté la vie à de nombreux militaires dans les années 1990.

Les pertes à l'entraînement, au-delà du recensement

Les accidents de l'aviation militaire illustrent l'écart entre le nombre de morts en service et celui des morts en mission retenus pour le 7 avril. Johan Massart évoque les nombreux décès survenus pendant la formation des pilotes dans les années 1950 et 1960. Il estime que 200 à 300 pilotes ont perdu la vie à cette époque.

Le F-104 de Lockheed, employé par l'US Air Force dès 1958, est resté associé à un taux d'accidents élevé, au point de recevoir le surnom de "faiseur de veuves". La Belgique et les Pays-Bas auraient chacun perdu plus d'un tiers de leurs appareils de ce type.

Selon Wikipédia, la flotte belge comprenait 101 F-104G produits sous licence par la SABCA et 12 TF-104G biplaces construits par Lockheed. Leur service dans la Force aérienne belge s'est étendu du 14 février 1963 au 19 septembre 1983. Les accidents ont entraîné la perte de 38 F-104G et de 3 TF-104G, soit environ 37 % de cette flotte.

La même source rapporte qu'en Allemagne de l'Ouest, les accidents du F-104 ont suscité une vive polémique au milieu des années 1960 et entraîné le départ du général commandant la Luftwaffe. Lockheed a également perdu un procès retentissant et indemnisé les veuves de pilotes allemands morts sur cet appareil, pour l'équivalent d'environ 1,6 million d'euros.

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