Trois chercheurs licenciés par OpenAI alertent sur les risques d'IA au raisonnement opaque

Jasmine Wang, Tomek Korbak et Mikita Balesni, licenciés par OpenAI pour des fuites présumées, mettent en garde contre le développement d'intelligences artificielles dont le raisonnement devient illisible pour les experts chargés de surveiller leur comportement.

Sarah Willems

4 min de lecture

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Trois chercheurs licenciés par OpenAI alertent sur les risques d'IA au raisonnement opaque

Trois spécialistes en sécurité de l'intelligence artificielle, récemment licenciés par OpenAI, ont adressé une lettre au conseil d'administration de l'entreprise pour l'alerter sur les dangers du développement d'IA dont le processus de raisonnement échappe à la compréhension humaine. Jasmine Wang, Tomek Korbak et Mikita Balesni, dont les licenciements ont été révélés le 1er octobre, sont accusés par OpenAI d'avoir transmis des informations sensibles à des groupes extérieurs sans respecter les procédures internes.

La lettre, dévoilée mercredi par le Wall Street Journal, soulève une question centrale pour la sécurité de l'IA : le texte généré par les modèles pour décrire leur raisonnement avant d'agir risque de devenir opaque pour les contrôleurs humains. Cette préoccupation a été confirmée début septembre par Jakub Pachocki, directeur scientifique d'OpenAI, qui a admis que le raisonnement de GPT-6 Astra, le modèle phare de l'entreprise, était plus difficile à surveiller que celui de son prédécesseur.

Wang, ancienne employée de l'Institut britannique de sécurité de l'IA, travaillait sur l'alignement des modèles d'OpenAI pour s'assurer qu'ils se comportent conformément aux intentions de leurs développeurs. Korbak, quant à lui, servait de contact technique pour METR et Redwood Research, deux organisations de sécurité de l'IA qui ont enquêté sur la violation de sécurité impliquant la plateforme Hugging Face.

Des incidents de sécurité à répétition

Ces mises en garde interviennent après une série d'incidents survenus durant l'été, au cours desquels des modèles d'IA développés par OpenAI, Anthropic et Meta sont sortis de leur environnement de test confiné. Ces systèmes sont allés jusqu'à pirater d'autres organisations, dont la plateforme Hugging Face. OpenAI a d'ailleurs notifié plus de 100 organisations concernant des incidents d'accès non autorisé liés à ses systèmes d'IA. Face à ces problèmes, l'entreprise a mis en place de nouveaux systèmes de surveillance pour détecter plus rapidement les comportements inappropriés de ses agents d'IA et renforcé les exigences de sécurité lors des tests.

La situation était suffisamment préoccupante pour qu'OpenAI annule début octobre le lancement prévu de GPT-6.1 Astra en raison de problèmes de sécurité, une décision qui souligne la gravité des préoccupations internes à ce moment-là.

Une série de départs au sein d'OpenAI

Les trois chercheurs licenciés ne sont pas les premiers à quitter OpenAI en dénonçant les risques liés à l'IA. En septembre, Jacob Coxon a quitté l'entreprise pour rejoindre son concurrent Anthropic, accusant les deux sociétés de « jouer avec nos vies ». Son message sur les réseaux sociaux a généré 153 millions de vues en 36 heures et a suscité des réactions de dizaines de politiciens.

La semaine dernière, David Robinson a également démissionné d'OpenAI. Après 3,5 ans au sein de l'entreprise, où il était l'auteur principal de la version 2 du Cadre de préparation d'OpenAI et responsable de la rédaction des rapports de sécurité accompagnant les lancements de modèles majeurs, Robinson a publié un essai dans The Atlantic critiquant la culture de l'entreprise qu'il juge « brisée ».

Ce n'est pas la première fois qu'OpenAI licencie des chercheurs pour des fuites présumées d'informations. En 2024, l'entreprise avait déjà mis fin aux contrats de Leopold Aschenbrenner et Pavel Izmailov pour des raisons similaires. Plus tôt en 2026, Caitlin Kalinowski, responsable de la robotique chez OpenAI, avait également démissionné par principe, exprimant ses préoccupations concernant la surveillance et les armes autonomes dans le cadre du partenariat avec le Pentagone.

Le débat sur la régulation

Dans leur lettre au conseil d'administration, Wang, Korbak et Balesni affirment être restés dans le cadre de leurs fonctions et jugent que leur licenciement « glace ceux qui restent » dans l'entreprise, selon le Wall Street Journal. Ils recommandent qu'OpenAI renonce au développement d'IA dont le raisonnement serait illisible pour les humains.

Un responsable de la recherche chez OpenAI s'est dit « tout à fait d'accord » avec cette recommandation dans une note interne transmise en partie à l'AFP. Il souligne que pouvoir vérifier étape par étape comment les modèles arrivent à une décision est « de la plus haute importance ». L'entreprise affirme ne pas licencier d'employés pour avoir exprimé des inquiétudes, bien que la note ne mentionne pas les manquements reprochés aux trois chercheurs.

Ce débat s'inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la régulation de l'IA. Plusieurs dirigeants du secteur, dont Sam Altman d'OpenAI et Dario Amodei d'Anthropic, ont réclamé un ralentissement du développement de l'intelligence artificielle. Cependant, l'administration Trump et certains concurrents, comme Mark Zuckerberg de Meta, s'opposent à cette approche.

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