Fusillade d'Aubagne : le collégien écroué, il évoque une « volonté de vengeance » pour expliquer son acte
Le jeune collégien de 14 ans mis en cause dans la fusillade survenue au collège Joseph Lakanal d'Aubagne (Bouches-du-Rhône) a été placé en détention provisoire mercredi soir, a confirmé son avocat, Me Fabrice Giletta. L'adolescent est soupçonné d'avoir blessé par balles le principal de l'établissement et une enseignante le 12 octobre dernier, après avoir introduit un fusil de chasse dissimulé dans un étui de guitare.
« Cette journée a été longue et éprouvante et s'est achevée à l'instant devant le juge des libertés et de la détention, comme on pouvait s'y attendre, avec une incarcération de mon client », a déclaré l'avocat. Cette mesure intervient dans le cadre strict du droit pénal des mineurs en France : si les moins de 13 ans ne peuvent en aucun cas être placés en détention provisoire, celle-ci demeure possible pour les 13-16 ans uniquement en matière criminelle ou dans certains cas correctionnels spécifiques.
Influence de la True Crime Community
Au terme de sa garde à vue, le suspect a admis avoir été influencé par une communauté en ligne fascinée par les tueries de masse, selon le parquet national antiterroriste (Pnat), qui a pris en charge le dossier. Cette structure spécialisée, créée le 1er juillet 2019, dispose d'une compétence nationale pour les affaires de terrorisme, crimes contre l'humanité, crimes de guerre et prolifération d'armes de destruction massive.
L'adolescent aurait ainsi adhéré à la True Crime Community (TCC), une sous-culture numérique qui se caractérise par un intérêt obsessionnel pour les faits divers criminels, notamment les tueurs en série et auteurs de tueries de masse. Très présente sur les réseaux sociaux comme TikTok et Tumblr, cette mouvance a déjà été associée à des actes de violence inspirés de crimes antérieurs et à un extrémisme violent de nature nihiliste.
Il s'agit de la première fois que la justice antiterroriste française établit un lien direct entre cette mouvance et un passage à l'acte sur le territoire national, soulignant l'émergence d'une nouvelle forme de menace.
Motivations contestées
Bien qu'il reconnaisse cette influence, le mineur conteste toutefois avoir agi au nom de la TCC. Il invoque plutôt une « volonté de vengeance » liée à un harcèlement qu'il dit avoir subi de la part de professeurs et de camarades, affirmation qui n'a pas été confirmée à ce stade de l'enquête, précise le Pnat.
« S'agissant de l'intention homicide, mon client la conteste, indiquant qu'il avait eu soin de viser des zones qui n'étaient pas létales », a ajouté Me Giletta. L'avocat a également nuancé les conclusions de l'examen psychologique réalisé en garde à vue, qui ne révélait pas de pathologie psychiatrique : « C'est trop rapidement dit. L'instruction aura aussi pour but de creuser cet aspect des choses par le biais d'expertises. »
Un contexte exceptionnel en France
Les deux victimes, le principal et l'enseignante, se sont vu prescrire des incapacités totales de travail de respectivement 45 et 10 jours. Cet incident rappelle la rareté de tels actes en France : entre 2009 et 2018, le pays n'a enregistré que deux fusillades scolaires, contre 288 aux États-Unis sur la même période.
La dernière fusillade du genre remonte à mars 2017 à Grasse, où un lycéen de 16 ans avait ouvert le feu au lycée Alexis de Tocqueville, blessant plusieurs personnes. Les autorités avaient alors évoqué la fascination du tireur pour des vidéos de tueries de masse de style américain, notamment celle de Columbine.
« Aujourd'hui, ce que l'on peut dire, c'est que c'est un mineur de 14 ans qui est en train de prendre conscience de la gravité objective des faits commis », a conclu Me Giletta. L'instruction judiciaire devra désormais déterminer les responsabilités exactes du suspect et le rôle précis joué par son immersion dans la culture en ligne des tueries de masse.






