RDC – Belgique : coup de froid diplomatique après des perquisitions visant la famille Tshisekedi
Les relations diplomatiques entre la République démocratique du Congo et la Belgique connaissent une dégradation brutale. Une note circulaire émise le 15 octobre par la présidence congolaise interdit aux membres du cabinet de Félix Tshisekedi tout contact avec l'ambassade du Royaume de Belgique en RDC, ainsi qu'avec son personnel diplomatique et administratif. Toute démarche devra désormais être autorisée et passer exclusivement par le canal officiel du ministère des Affaires étrangères.
Cette mesure intervient dans un contexte historiquement chargé entre les deux pays. La Belgique a colonisé le Congo de 1908 à 1960, après la période brutale de domination personnelle du roi Léopold II sur l'État indépendant du Congo entre 1885 et 1908. Le parlement belge avait pris le contrôle suite à l'indignation internationale provoquée par les violations massives des droits humains sous le règne de Léopold.
Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, s'est dit surpris par cette interdiction.
À nos yeux, aucune situation ne justifie aujourd'hui l'interdiction des contacts avec l'ambassade de Belgique. Nous sommes contraints d'en prendre acte. Nous le déplorons en tout cas profondément. J'espère que ce sera extrêmement temporaire.
Des perquisitions chez la famille présidentielle
La limitation des contacts avec l'ambassade belge est comprise comme une réaction de mécontentement après les perquisitions menées cette semaine chez des membres de la famille de Félix Tshisekedi en Belgique. Le parquet fédéral a confirmé que des actes d'enquête ont été menés simultanément à Bruxelles et dans différentes communes des Brabants flamand et wallon, dans le cadre d'une instruction ouverte pour blanchiment.
La famille Tshisekedi entretient des liens étroits avec la Belgique depuis des décennies. Le président et son épouse louent une maison dans la commune bruxelloise d'Uccle, leurs cinq enfants étudient dans des écoles belges, et Tshisekedi a lui-même passé une partie de sa jeunesse en Belgique après que son père, Étienne Tshisekedi, figure majeure de l'opposition sous le régime de Mobutu, y ait cherché refuge.
La loi belge permet de poursuivre les citoyens belges dans des affaires de corruption et de blanchiment, quel que soit le lieu où les actes présumés ont été commis. Les neuf membres de la famille visés par la plainte détiendraient tous la nationalité belge, ce qui fonde la compétence de la justice belge dans cette affaire.
Une version officielle très différente
À Kinshasa, le gouvernement conteste catégoriquement que la note présidentielle constitue une mesure de rétorsion.
Il s'agit avant tout d'une mesure d'organisation interne visant à mieux encadrer et coordonner les échanges entre les membres du cabinet du Président de la République et l'ambassade de Belgique, a affirmé Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication.
L'objectif est d'éviter la multiplication d'initiatives individuelles et de contacts non concertés. La volonté est de mettre de l'ordre dans les mécanismes de communication et de coordination institutionnelle.
Selon le ministre, cette restructuration répondrait même à une demande de l'ambassade de Belgique, qui se disait sollicitée par un trop grand nombre d'intervenants différents.
La Première dame conteste les accusations
Ni Kinshasa ni Bruxelles n'ont commenté officiellement les perquisitions menées en début de semaine aux domiciles de membres du clan Tshisekedi à Uccle, Waterloo et Louvain. En revanche, l'épouse du président congolais, Denise Nyakeru Nkana, visée par l'enquête belge, a réagi par un communiqué transmis par ses avocats. Elle exprime son étonnement au lendemain de la perquisition menée dans sa résidence familiale et conteste fermement les griefs qui lui sont adressés, ainsi qu'à plusieurs autres membres de leur famille. La Première dame se dit prête à collaborer pleinement avec la justice belge.
Des accusations de pillage minier
L'enquête du parquet fédéral a été lancée l'été dernier sur la base d'éléments fournis par les avocats de plusieurs ONG du Katanga et de quatre anciens directeurs de Gécamines, l'entreprise publique minière congolaise. En juillet 2025, les avocats Bernard et Brieuc Maingain ont déposé plainte au nom de leurs clients contre neuf membres de la famille de Félix Tshisekedi : son épouse, ses frères, un cousin et deux de ses enfants, tous de double nationalité belge et congolaise.
Gécamines, fondée en 1966 en tant que société d'État succédant à l'Union Minière du Haut-Katanga de l'époque coloniale belge, est détenue à 100% par le gouvernement congolais et a son siège à Lubumbashi, dans la région du Katanga. En février 2026, le président Tshisekedi a nommé une nouvelle direction à la tête de l'entreprise, Deogratias Ngele Masudi comme président et Baraka Kabemba comme directeur général, dans le cadre du partenariat stratégique sur les minerais signé avec les États-Unis en décembre 2025.
Les plaignants accusent les membres de la famille présidentielle d'avoir pillé les mines des provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, dans le sud du pays. Ils auraient conclu à leur bénéfice propre des contrats d'exploitation de remblais de résidus miniers appartenant à l'État congolais.
Des terrils miniers d'une valeur colossale
L'activiste Jean-Pierre Muteba, membre du mouvement citoyen Kudia Talala, a expliqué ce système lors d'une conférence de presse en juillet 2025. Les remblais de mine, notamment à Kolwezi, contiennent encore du cuivre et du cobalt dans une teneur certes plus faible que dans les mines, mais ces minerais sont facilement exploitables sans investissements lourds.
La région de Kolwezi, située dans la ceinture cuprifère du Katanga et du Lualaba, revêt une importance stratégique mondiale. La RDC produit environ 70% du cobalt mondial, dont la majeure partie provient de cette ville où le cobalt est principalement extrait comme sous-produit de l'exploitation du cuivre. La ceinture cuprifère s'étend sur environ 70 kilomètres de large et 250 kilomètres de long entre Lubumbashi et Kolwezi, comprenant au moins 72 gisements économiques de cuivre et de cobalt. Avec la ceinture cuprifère zambienne, cette région constitue la deuxième plus grande réserve mondiale de cuivre, environ un tiers de la taille de celle du Chili, et inclut certains des gisements de cuivre de plus haute teneur au monde, dépassant 5% dans certaines réserves.
Des opérateurs étrangers s'adresseraient à des membres de la famille biologique et politique du président afin d'obtenir les droits d'exploitation de ces terrils appartenant à Gécamines, avait dénoncé Jean-Pierre Muteba.
Ces remblais sont achetés pour quelques millions de dollars alors qu'ils en valent des milliards. Ils se partagent ensuite les bénéfices de la revente des minerais. C'est du détournement d'argent public parce que Gécamines appartient à l'État.
Quelques personnes intimes et proches familialement de la présidence s'enrichissent chaque jour au mépris des droits essentiels des populations locales, des creuseurs artisanaux et des travailleurs mineurs, avait dénoncé en juillet 2025 Bernard Maingain, au nom d'un collectif d'avocats du Katanga.
La prédation a causé des catastrophes écologiques qui se perpétuent actuellement.
Un contexte régional tendu
Cette crise diplomatique s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre la Belgique et plusieurs pays de la région des Grands Lacs. En mars 2025, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la Belgique, l'accusant de prendre parti dans le conflit régional dans l'est de la RDC et dénonçant des délires néocoloniaux. Tous les diplomates belges avaient reçu l'ordre de quitter le pays dans les 48 heures.
Félix Tshisekedi, qui est devenu président de la RDC en janvier 2019 après l'élection de 2018, a marqué la première transition pacifique du pouvoir dans le pays depuis l'indépendance de la Belgique en 1960. Il a été réélu en 2023. L'enquête judiciaire lancée suite aux accusations de corruption va-t-elle peser durablement sur les relations diplomatiques entre les deux pays ? Les deux parties affichent leur volonté d'éviter ces interférences.
Nous allons continuer d'utiliser les canaux diplomatiques qui restent pleinement actifs pour souligner l'attachement de la Belgique à nos relations avec la RDC et à un dialogue constructif et transparent sur tous les sujets, quels qu'ils soient, a conclu Maxime Prévot.





