L'Allemagne et la France condamnent les propos « inhumains » de Ben Gvir appelant à tuer des Palestiniens à Gaza

Le chancelier allemand Friedrich Merz et le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot ont fermement condamné les déclarations du ministre israélien d'extrême droite Itamar Ben Gvir, qui a appelé à l'élimination de « 30 ou 40 » personnes chaque nuit à Gaza.

Sophie Vandenberghe

3 min de lecture

97391144.jpeg

La France et l'Allemagne « condamnent fermement » les propos « insupportables et inhumains » du ministre israélien Ben Gvir sur Gaza

Le chancelier allemand Friedrich Merz, en fonction depuis mai 2025, a condamné mercredi avec la plus grande fermeté les propos tenus cette semaine par le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui a déclaré qu'Israël devrait tuer « 30 ou 40 » personnes « chaque nuit à Gaza », a indiqué Sebastian Hille, porte-parole du gouvernement allemand.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a également qualifié ces déclarations d'« insupportables et inhumaines ». « Ce qu'il se passe aujourd'hui en Cisjordanie est proprement indigne et devrait tous nous révulter. C'est la raison pour laquelle nous avons sanctionné le ministre Ben Gvir dont les propos récents sont insupportables et inhumains », a affirmé M. Barrot dans un entretien au journal La Montagne.

Un appel au meurtre qui choque la communauté internationale

Dans une interview diffusée par podcast avec un ancien otage à Gaza, Itamar Ben Gvir, qui dirige le parti d'extrême droite Otzma Yehudit (Pouvoir juif) et occupe le poste de ministre de la Sécurité nationale depuis décembre 2022, a appelé à des « éliminations ciblées » quotidiennes dans la bande de Gaza. « Je pense que des éliminations ciblées devraient être menées chaque nuit à Gaza. Éliminez-en 30 ou 40 », a-t-il déclaré. « Pas seulement ceux qui vous mettent en danger en ce moment même. Ce sont des gens qui ne devraient pas être en vie », a-t-il ajouté, qualifiant de « compliment » le fait de les considérer comme des êtres humains.

Bien que membre du cabinet de sécurité israélien, Ben Gvir supervise la police nationale et le service pénitentiaire mais ne commande pas l'armée et n'a pas l'autorité d'ordonner des frappes à Gaza, ce qui distingue ses propos de sa capacité d'action directe.

L'Allemagne exprime son inquiétude sur la colonisation

Sebastian Hille a également fait part de la « grande inquiétude » du chancelier concernant les récentes mesures du gouvernement israélien en Cisjordanie, notamment un nouvel appel d'offres lancé pour la construction de logements dans ce territoire occupé. Au cours du premier semestre 2026, les autorités israéliennes ont lancé des appels d'offres pour plus de 1 100 unités de logement dans les colonies de Cisjordanie, poursuivant une expansion condamnée par la communauté internationale comme violation du droit international.

Il ne doit y avoir aucune nouvelle mesure d'annexion en Cisjordanie, ni formelle, ni politique, ni de construction ni d'aucune autre nature, qui dans leurs effets aboutissent de manière de plus en plus évidente à une annexion. Elles vont à l'encontre d'une solution à deux États.

Le chancelier Merz a fait savoir à plusieurs reprises au Premier ministre Binyamin Netanyahou son opposition à ces mesures, « lors d'entretiens confidentiels comme dans des déclarations publiques », a précisé M. Hille.

Un ministre déjà sanctionné par plusieurs pays

Les condamnations franco-allemandes s'inscrivent dans un contexte diplomatique tendu autour de la figure controversée de Ben Gvir. La France a interdit l'entrée du ministre sur son territoire en mai 2026, suite à son traitement d'activistes de la flottille Global Sumud Gaza, durant lequel il avait publié des vidéos le montrant railler des militants attachés et détenus.

Le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège avaient déjà imposé des interdictions de voyage et des sanctions contre Ben Gvir en juin 2025 pour « incitations répétées à la violence contre les communautés palestiniennes » en Cisjordanie. L'Union européenne a cependant échoué à atteindre un consensus sur des sanctions à l'échelle du bloc en juin 2026, la cheffe de la politique étrangère de l'UE Kaja Kallas confirmant que plusieurs États membres avaient proposé des sanctions sans parvenir à un accord unanime.

Ben Gvir a quitté brièvement le gouvernement entre janvier et mars 2025, démissionnant en signe de protestation contre un accord de cessez-le-feu à Gaza, avant de réintégrer le cabinet. Son parcours politique est marqué par son adhésion aux idées du rabbin Meir Kahane, dont le mouvement militant Kach a été interdit en 1994 en vertu des lois antiterroristes israéliennes et classé comme organisation terroriste par le gouvernement américain.

Union européenneConflit israélo-palestinienGuerre en Ukraine
← Retour à Moyen-Orient