Des alertes précises avant la catastrophe
Le terrible incendie qui a dévasté les Hautes Fagnes à partir du 14 août 2026 a ravagé plus de 3 000 hectares, constituant la plus grande catastrophe de ce type jamais enregistrée en Belgique. Ce sinistre dépasse largement le précédent record d'avril 2011, lorsque environ 1 300 hectares avaient brûlé dans cette même zone, la plus grande réserve naturelle du pays avec ses 4 501,2 hectares situés dans la province de Liège.
La cause exacte reste à établir avec certitude, mais l'hypothèse principale pointe vers un engin agricole utilisé pour faucher la molinie, cette graminée envahissante qui colonise le plateau fagnard. Le contact des lames rotatives avec une pierre aurait pu générer une étincelle fatale dans un contexte de sécheresse extrême et de températures caniculaires. Cette végétation, qui s'est imposée après l'abandon des pratiques agropastorales traditionnelles, est fauchée pour favoriser l'arrivée d'autres espèces jugées plus intéressantes en termes de biodiversité.
Des alertes précises avant la catastrophe
Fin juillet 2026, la Cellule d'expertise sur le risque incendie en milieu naturel avait pourtant classé le risque comme élevé en milieu forestier et très élevé en milieux ouverts, particulièrement dans les provinces de Namur, Liège et Luxembourg. Cette alerte officielle soulignait la sécheresse aggravée de la végétation. La Belgique était alors touchée par une sécheresse sévère s'inscrivant dans une vague de sécheresse européenne plus large, avec des conditions d'alerte persistant mi-août selon l'Observatoire européen de la sécheresse.
Dans ce contexte climatique critique, la décision de procéder au fauchage soulève de nombreuses interrogations. D'autant que la plupart des incendies survenus en Wallonie cet été ont été provoqués par des engins agricoles. Les statistiques du Département de la Nature et des Forêts révèlent d'ailleurs que 90 % des feux de forêt en Wallonie sont causés par l'activité humaine.
Un écosystème unique menacé
Les Hautes Fagnes, qui font partie du parc naturel Hautes Fagnes-Eifel s'étendant sur 2 485 km² à la frontière belgo-allemande, abritent des tourbières hautes actives vieilles de 10 000 ans. Cet écosystème unique en Europe occidentale a été désigné site Ramsar, zone humide d'importance internationale, le 24 mars 2003.
Contrairement à l'incendie de 2011, qui était un feu de printemps survenant alors que le sous-sol restait gorgé d'eau et avait permis une repousse rapide de la végétation, celui d'août 2026 est survenu après une longue période de sécheresse. Les experts craignent des conséquences beaucoup plus graves et durables pour les tourbières actives, patrimoine écologique millénaire désormais gravement menacé.
La molinie elle-même, graminée indigène formant de grosses touffes, présente paradoxalement une grande résistance au feu et aux longues périodes de sécheresse. Cette caractéristique a pu contribuer à maintenir un combustible sec malgré les alertes, amplifiant le risque lors des travaux de fauchage.
