L'extrême droite au pouvoir : d'exception à norme politique mondiale

De Bolsonaro à Milei en passant par Salvini, les figures d'extrême droite autrefois marginales occupent désormais des postes clés. Avec plus de 40 élections prévues en 2026, la démocratie mondiale s'apprête à vivre un test d'ampleur inédite.

Camille Wouters

3 min de lecture

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Une vague électorale sans précédent

Le phénomène Bolsonaro. L'ovni Milei. L'anomalie Salvini. Ces hommes d'État influents, considérés hier comme des accidents de l'histoire politique, incarnent aujourd'hui une dynamique qui s'installe durablement dans le paysage démocratique mondial.

L'espoir d'une mauvaise passe s'est évanoui. Certes, une poignée de populistes d'extrême droite se sont heurtés au mur du réel après avoir promis des lendemains radieux. Mais d'autres ont essaimé, multipliant les succès électoraux. Et ceux qui ont accédé aux responsabilités gouvernementales ont démontré leur capacité à transformer leurs promesses en politiques concrètes.

Une vague électorale sans précédent

Un nouveau crash-test à l'échelle planétaire s'annonce dans les prochains mois pour la démocratie. Plus de 40 pays représentant plus de 1,5 milliard de personnes sont appelés aux urnes en 2026, des États-Unis à l'Espagne, en passant par le Brésil où les élections générales se tiendront le 4 octobre, avec un éventuel second tour le 25 octobre.

En France, l'élection présidentielle d'avril 2027 se profile avec une particularité inédite : Emmanuel Macron, limité constitutionnellement à deux mandats consécutifs, ne pourra briguer un troisième mandat. La course pour sa succession s'ouvre dans un contexte européen profondément reconfiguré.

L'Europe vire à droite

Les élections au Parlement européen de juin 2024 ont marqué un tournant historique. Les groupes parlementaires d'extrême droite ont conquis 187 sièges, soit 26% de l'hémicycle, contre 135 sièges en 2019. Quarante formations d'extrême droite distinctes ont obtenu des élus, contre 25 lors du scrutin précédent.

Cette percée s'est confirmée dans plusieurs pays clés. En Autriche, le Parti de la liberté a remporté 29,1% des suffrages en septembre 2024. En France, le Rassemblement national a décroché 31,4% aux européennes. En Allemagne, l'AfD a terminé deuxième des élections nationales de février 2025 avec 20,8% des voix.

Du Brésil à l'Argentine, l'extrême droite au pouvoir

Au Brésil, Jair Bolsonaro, condamné par la Cour suprême en septembre 2025 à 27 ans et trois mois de prison pour des accusations liées à une tentative de coup d'État et déclaré inéligible jusqu'en 2030, ne pourra participer au scrutin d'octobre 2026. Mais son mouvement politique persiste : son fils aîné Flávio Bolsonaro a reçu en décembre 2025 l'investiture du Parti libéral pour l'élection présidentielle, avec la bénédiction paternelle. La continuité du bolsonarisme s'organise malgré l'emprisonnement de son leader.

En Argentine, Javier Milei incarne une autre facette de cette montée en puissance. Élu président en novembre 2023 avec 56% des suffrages, ce libertarien autoproclamé anarcho-capitaliste a pris ses fonctions en décembre 2023 en promettant des réformes économiques radicales : dollarisation de l'économie et fermeture de la banque centrale.

Ses résultats au pouvoir illustrent la capacité de gouvernance de ces nouveaux dirigeants. Depuis sa prise de fonction, l'inflation mensuelle en Argentine est passée de 25% en décembre 2023 à environ 2% fin 2025. Le pays affiche des excédents budgétaires et une croissance économique de 5% en rythme annuel depuis septembre 2025.

Salvini, de l'opposition au gouvernement

En Italie, Matteo Salvini n'est plus dans l'opposition. Depuis octobre 2022, il occupe les fonctions de vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures et des Transports dans le gouvernement de Giorgia Meloni. À la tête de la Ligue depuis 2013, sa position de leader a été reconduite jusqu'en 2029 lors du congrès du parti en avril 2025.

Le parcours de ces figures politiques témoigne d'une mutation profonde. Elles ne représentent plus des épiphénomènes susceptibles de disparaître à la prochaine alternance. Elles gouvernent, appliquent leurs programmes et s'installent dans la durée. Le test démocratique qui s'annonce en 2026 ne portera plus seulement sur leur capacité à promettre, mais sur leur bilan au pouvoir et leur aptitude à se maintenir aux commandes de nations entières.

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