Un examen en commission avant tout éventuel débat
La commission des affaires culturelles et de l'éducation doit désormais décider du sort de la pétition, indique LCP. Elle peut la classer sans suite ou l'examiner et établir un rapport, préalable nécessaire à un éventuel débat dans l'hémicycle.
Le règlement de l'Assemblée nationale permet un tel débat pour une pétition ayant recueilli plus de 500 000 signatures. Encore faut-il que celles-ci proviennent d'au moins 30 départements ou collectivités d'outre-mer. Le nombre de signataires ne suffit donc pas à garantir une discussion en séance publique.
Un précédent l'illustre : en juillet, la commission des Lois a classé une pétition opposée à la loi sur la présomption d'usage légitime des armes par les forces de l'ordre, malgré ses plus de 500 000 signatures.
LCP précise aussi les limites de cette démarche : les pétitions citoyennes n'ont pas de conséquence législative directe. Même organisé, un débat ne conduirait pas à fermer CNews, ne déclencherait pas de procédure de l'Arcom et n'entraînerait pas l'examen automatique d'un texte de loi.
Une mobilisation accélérée à la fin d'octobre
Lucas Massoni, un particulier, a déposé le texte le 10 juin 2026 sur la plateforme de pétitions citoyennes de l'Assemblée nationale. Intitulée "Supprimer CNews de l'audiovisuel français", la pétition présente la chaîne comme une "machine de propagande". Elle réclame "le retrait immédiat de la convention TNT de CNews" et "la fermeture de la chaîne", en invoquant les rappels à l'ordre et les amendes de l'Arcom.
Le texte comptait encore moins de 100 000 signatures numériques à la fin d'octobre, avant que la mobilisation ne s'accélère. Selon le décompte rapporté par LCP, les 100 000 signatures ont été atteintes le jeudi 29 octobre, puis les 200 000 le vendredi 30 et les 300 000 le samedi 31. Le seuil des 500 000 a été franchi le lundi 2 novembre.
Sollicitée par l'AFP, la chaîne a répondu : "Nous ne ferons pas de commentaires sur cette pétition politique".
Des accusations ravivées après l'attentat de Trappes
CNews appartient au groupe Canal+, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Ses détracteurs lui reprochent régulièrement de relayer les opinions et les thèmes de l'extrême droite. La chaîne rejette ces accusations et affirme défendre la liberté d'expression.
Selon l'AFP, ces critiques se sont intensifiées après l'attentat raciste commis à Trappes le 23 octobre. Le procureur national antiterroriste Olivier Christen a indiqué que Kévin T., un Français de 39 ans, était soupçonné d'avoir délibérément tiré sur "des personnes (…) de type musulman ou africain ou nord-africain".
Le maire de Trappes, Ali Rabeh, et d'autres responsables de gauche ont mis en cause la responsabilité des médias, particulièrement de CNews, dans cette attaque. Ils leur reprochent la place accordée à l'antenne aux discours qui stigmatisent les immigrés et les personnes issues de l'immigration.
Sur X, le député LFI Thomas Portes a écrit que "depuis des années, cette pseudo 'chaîne' met une cible dans le dos des musulmans". Benjamin Lucas-Lundy et Léa Balage El Mariky, députés du groupe Écologiste et social, ont pour leur part demandé que les médias du groupe Bolloré, dont CNews, perdent leurs accréditations à l'Assemblée nationale.
Le pluralisme de l'antenne déjà visé par l'Arcom
En juin, l'Arcom avait demandé à CNews de remédier à un "déséquilibre manifeste et durable dans l'expression des courants de pensée et d'opinion", notamment "sur la menace que représenteraient l'immigration et l'islam pour la société française".
Publiée le 15 juin 2026, cette mise en demeure faisait suite à une saisine de Reporters sans frontières déposée en janvier 2026 au sujet des programmes de mars 2025. Pour rendre sa décision, le régulateur a visionné un échantillon de 168 heures d'information, représentant plus de la moitié de l'audience de CNews sur le mois concerné.
La chaîne a alors "contesté fermement les griefs" de l'Arcom. Elle a annoncé son intention d'exercer "les voies de recours appropriées devant le Conseil d'État", puis, si nécessaire, de saisir les juridictions européennes pour défendre la liberté d'expression et la liberté des médias.






