De Smet met en cause les présidents de parti
Sur X, lundi matin, François De Smet reproche aux dirigeants de l'Arizona de privilégier leurs intérêts partisans. Il oppose leur promesse de redresser le pays à un bilan qu'il juge destructeur pour les finances publiques, l'emploi, la santé et la solidarité.
Les cinq partenaires de la coalition, MR, Les Engagés, Vooruit, N-VA et CD&V, "portent l'entière responsabilité de la crise politique, financière qui débute", écrit-il. Il poursuit : "Gouverner, c'est prévoir, et c'est être capable de s'élever quand la situation l'exige. Même contre soi-même. Cette maturité-là, les cinq partis de l'Arizona (MR, Engagés, Vooruit, N-VA, CD&V) ne l'ont pas."
François De Smet défend lui-même une autre proposition budgétaire. Selon RTL Info, il a présenté en septembre 2026 un plan de 10 milliards d'euros, annoncé comme permettant de redresser les comptes sans nouvelles taxes ni coupes majeures. Celui-ci prévoit notamment un programme national de prévention en santé : la Belgique y consacre moins de 2 % de son budget, contre 4 % chez ses voisins. Ce volet serait financé par l'indexation de la taxe soda et une taxation du tabac, pour un rendement d'environ 2,2 milliards d'euros.
Les recettes fiscales au coeur du désaccord
Réuni dimanche soir après une série d'entretiens de Bart De Wever avec chacun des vice-Premiers ministres, le conseil des ministres restreint, ou kern, a achevé ses travaux vers 1 h du matin. Les discussions n'ont abouti ni sur le budget fédéral 2027 ni sur l'effort de 10 milliards d'euros à réaliser d'ici 2029.
La répartition de cet effort continue de diviser la coalition. Le MR, qui en incarne l'aile droite, s'oppose à des propositions qu'il juge encore trop chargées en taxes. Au centre et à gauche, Vooruit et Les Engagés demandent une participation accrue des "épaules les plus larges". Selon la RTBF, l'un des points de blocage concerne les recettes à trouver pour compenser celles abandonnées avec le retrait de la mesure sur la TVA.
À sa sortie du 16, rue de la Loi, le vice-Premier ministre des Engagés Maxime Prévot a résumé l'ampleur des difficultés : "Si je dois dire tout ce qui coince, cela va prendre un temps fou".
Ce désaccord prolonge un retard déjà pris au Parlement. D'après RTL Infos, les dissensions internes avaient empêché la présentation du budget 2027 le 13 octobre, à la date prévue. Bart De Wever, à la tête de cette coalition de cinq partis de centre-droit depuis février 2025, entendait ramener le déficit belge, supérieur à 5 % du PIB, grâce à l'effort de 10 milliards d'euros prévu d'ici 2029.
Un budget encore à trouver avant mardi midi
L'échec du kern compromet l'adoption d'un budget permettant de commencer 2027 dans le cadre habituel. Bart De Wever avait pourtant exclu de recourir de nouveau aux douzièmes provisoires. Ce régime autorise le gouvernement à dépenser chaque mois un douzième du budget de l'année précédente, sur la base du dernier budget adopté par la Chambre.
La RTBF avance une lecture possible de la démarche du Premier ministre auprès du roi : sa démission pourrait constituer sa "dernière carte" pour provoquer un électrochoc dans les directions des partis et obtenir un compromis d'ici mardi midi. Cette échéance est présentée comme la dernière limite pour déposer un budget 2027 sans passer par les douzièmes provisoires.
Sur la RTBF, le journaliste politique Bertrand Henne compare cette impasse aux compromis conclus sous Jean-Luc Dehaene. Sociaux-chrétiens et socialistes avaient alors associé baisses des dépenses publiques et hausses d'impôts pour assainir les finances. À ses yeux, l'Arizona est "incapable de faire ce qu'avait fait Jean-Luc Dehaene".
L'économiste Bruno Colmant redoute, lui, trois années de "cabotage" budgétaire à la place de réformes ambitieuses. Interrogé sur la RTBF, il estime que les investisseurs s'inquiètent surtout de l'incapacité à conduire les réformes fiscales et sociales nécessaires avant les prochaines élections ordinaires, notamment face au vieillissement de la population et à l'intelligence artificielle.
Le roi peut accepter, refuser ou suspendre la démission
La présentation de la démission ne préjuge pas de la décision du roi Philippe, qui peut l'accepter, la refuser ou la laisser en suspens. Interrogée le 2 novembre sur la RTBF, Caroline Sägesser, politologue au CRISP, considère cette troisième possibilité comme la plus vraisemblable : elle accorderait à Bart De Wever davantage de temps pour tenter de débloquer les négociations. Elle n'écarte toutefois pas l'hypothèse d'une volonté réelle du Premier ministre de quitter ses fonctions.
Caroline Sägesser rappelle aussi qu'une démission du gouvernement ne provoquerait pas automatiquement des élections : la chute de l'exécutif n'entraîne pas à elle seule la dissolution de la Chambre. Après le départ de la N-VA du gouvernement de Charles Michel en décembre 2018, la Belgique avait ainsi vécu cinq mois avec un gouvernement en affaires courantes, jusqu'au scrutin de mai 2019.
Les prochaines élections fédérales ordinaires sont attendues en 2029. La tenue d'un scrutin anticipé nécessiterait une procédure parlementaire et un délai de 40 jours après la dissolution.






