Christophe Béchu, le relais stratégique d'Édouard Philippe dans la campagne présidentielle

Relations avec les partis, déplacements militants, gestion d'Horizons : le maire d'Angers occupe une place centrale auprès d'Édouard Philippe. Codirecteur de sa campagne présidentielle, l'ancien ministre de la Transition écologique compte aussi parmi les rares proches capables de lui parler sans dé…

Camille Wouters

7 min de lecture

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Une campagne menée à trois

Christophe Béchu intervient au quartier général après le candidat, échange avec Renaissance et Les Républicains et représente Édouard Philippe lorsque celui-ci ne participe pas à une réunion. Le 22 octobre, il l'a ainsi remplacé lors d'une rencontre autour de Sébastien Lecornu consacrée au maintien de l'ordre. Il définit lui-même sa fonction : "Ma plus-value, c'est d'être là où Edouard n'est pas".

Le maire d'Angers partage la direction de campagne avec Gilles Boyer, confident de Philippe, et Marie Guévenoux, issue du courant juppéiste et davantage chargée de l'opérationnel. Selon Ouest-France, cette équipe a été présentée aux cadres d'Horizons le 10 mai 2026, à Reims. Béchu s'est également vu confier la gestion du parti pendant la campagne. Certains, dans l'entourage du candidat, le voient déjà à Matignon.

Ses proches lui prêtent un sens aigu de la stratégie. Un autre lieutenant de Philippe souligne surtout sa capacité à parler franchement au candidat, privilège de quelques membres du premier cercle. Gérald Darmanin exerce lui aussi une influence stratégique, sans figurer dans l'organigramme encore embryonnaire. Certains membres de l'équipe le soupçonnent toutefois de prendre ses distances à mesure que la campagne rencontre des difficultés.

Cette proximité se voit aussi dans les déplacements. Au salon du Végétal d'Angers, le jeudi 17 septembre, Béchu accompagne Philippe pendant toute la visite, que celui-ci évoque son citronnier du Havre ou goûte une chips aux lentilles et aux grillons. Le maire reçoit alors le candidat dans la ville qu'il a fait basculer de gauche à droite une décennie auparavant.

Une alliance nouée entre maires

Leur rapprochement remonte à l'arrivée d'Édouard Philippe à Matignon, en mai 2017. En quête de soutiens, le nouveau Premier ministre réunit à déjeuner une quinzaine de maires de grandes villes de droite et du centre droit. Christophe Béchu en fait partie, comme le maire de Cannes, David Lisnard. Les rendez-vous collectifs laissent ensuite place à des dîners de travail entre les deux hommes.

En février 2021, lors de la remise de la Légion d'honneur à Béchu, Philippe compare leur relation à celles de duos de fiction : "Vous pourriez être Starsky et moi Hutch ou Luke Skywalker et moi Han Solo", lui dit-il, "parce qu'ils se cherchent un certain temps avant de devenir inséparables." Auprès de POLITICO, il parle d'"un compagnon de route", mais "surtout un ami et un homme sur qui je peux compter". En octobre 2021, Béchu lance La République des maires, préfiguration d'Horizons.

Son parcours électif avait commencé bien avant cette alliance. En 2004, à 29 ans, il devient le plus jeune président du conseil général du Maine-et-Loire. Suivent le Parlement européen en 2009, le Sénat en 2011 et la mairie d'Angers en 2014. Philippe, qui salue sa "grande finesse" et sa "loyauté", a un jour repris à son sujet une plaisanterie récurrente : "Candidat à tout sauf à Miss France".

Béchu conserve son ancrage angevin. D'après la Ville d'Angers, le conseil municipal l'a réélu le 27 mars 2026 pour un troisième mandat, par 47 voix sur 59. Cinq jours auparavant, sa liste "Angers pour vous" avait gagné le second tour des municipales avec 59,03 % des suffrages exprimés.

Cet engagement national nourrit néanmoins les critiques locales. Romain Laveau, écologiste et principal opposant, dénonce un élu "très cassant" et "un maire à mi-temps", absorbé par la présidentielle. Le député européen LFI Arash Saeidi en donne un portrait différent : quelqu'un avec qui on pourrait "facilement boire une bière". Il précise avoir lui-même demandé à Béchu de célébrer son mariage en 2025.

Son ami d'enfance Emmanuel Capus, aujourd'hui sénateur Horizons, décrit une jeunesse dans un milieu bourgeois marqué par la démocratie chrétienne. Aîné de cinq enfants, fils de médecins dont un père diacre, Béchu fréquente assidûment l'église et pratique le scoutisme. Champion départemental d'échecs à 8 ans, il possède aussi une chambre pleine de Playmobils.

Au gouvernement, une fidélité mise à l'épreuve

En le faisant entrer au gouvernement en mai 2022, Emmanuel Macron espérait l'éloigner d'Édouard Philippe. Un ancien collègue ministre y voit une erreur d'appréciation : le président aurait cru que Béchu soutenait l'ancien Premier ministre par dépit de n'avoir pas obtenu de portefeuille plus tôt.

La séduction présidentielle n'a pourtant pas été sans effet. Un ancien de l'Élysée se souvient d'un Béchu sensible au charme de Macron, au point de qualifier de "macronolâtre" celui qui représentait Philippe au gouvernement. Le lien avec le maire du Havre a néanmoins tenu. Fin 2025, Béchu a refusé le ministère des Armées dans un second quinquennat finissant, tout comme Philippe.

Son premier portefeuille, celui de ministre délégué chargé des collectivités territoriales, correspondait à son expérience d'élu local. Il ne l'a occupé que quelques semaines : après la défaite d'Amélie de Montchalin aux législatives, il lui a succédé à la Transition écologique. Arrivé sans équipe constituée ni repères dans ce ministère, il s'est d'abord concentré sur le budget et a été peu présent lors des feux de forêt. "J'ai compris qu'en termes de symbole, c'était vu comme du désintérêt", reconnaît-il.

Anthony Lusson, son homme de confiance qui travaillait alors à son cabinet, résume ces débuts difficiles par une formule : "c'est le toboggan". Il situe un regain de confiance fin décembre 2022, à la COP biodiversité de Montréal, où Béchu prend conscience, selon lui, qu'il "n'est pas un imposteur sur la transition écologique". Le ministre découvre aussi des enjeux qu'il connaissait peu pour des raisons géographiques, de la fonte des glaciers au retrait-gonflement des argiles et au recul du trait de côte.

À Roquelaure, Béchu affronte Bercy pour obtenir la création du Fonds vert, consacré aux projets de transition écologique des élus locaux. Lancé en janvier 2023 avec une enveloppe de 2 milliards d'euros, le dispositif a soutenu cette année-là près de 6 000 communes et plus de 10 000 projets, selon le ministère de la Transition écologique. Il a été pérennisé jusqu'en 2027, avec une dotation annuelle portée à 2,5 milliards d'euros à partir de 2024.

Un lieutenant philippiste cité par POLITICO juge qu'il a su diriger son ministère, tout en le décrivant comme "obnubilé par la technicité". Béchu a notamment contribué à imposer le sujet de l'adaptation au changement climatique, d'abord perçu comme un possible renoncement, puis largement adopté. L'ancienne ministre Delphine Batho reconnaît l'intérêt d'avoir soulevé cet enjeu, mais conteste le bilan : cela a été, selon elle, "sans conséquence réelle car le plan national (...) est sans moyens et sans portée juridique".

L'adaptation climatique, un marqueur pour Philippe

Cette expérience ministérielle se prolonge dans la campagne. En septembre, Béchu a convaincu Philippe de prendre la parole sur l'adaptation climatique, alors que le pouvoir d'achat et les retraites dominaient l'actualité médiatique. Le choix ne faisait pas l'unanimité dans l'équipe : "certains ont été sceptiques sur le fait de mettre ce sujet aussi tôt dans l'atmosphère", rapporte-t-il. Son objectif était de "poser des marqueurs d'une écologie de droite".

Le 4 octobre, à Amboise, il a défendu la "sécurité climatique" lors d'une rencontre organisée par le think tank Ecologie Responsable devant un petit public de maires et de curieux. Au déjeuner, tandis que des participants se servaient des fouées à la rillette, spécialité tourangelle, une trentaine de militants l'ont entouré pour l'interroger.

Les échanges ont aussi porté sur les équilibres politiques. Béchu a plaidé pour "tendre la main" à Bruno Retailleau. À ses yeux, le retrait de Jordan Bardella ne servait pas Gabriel Attal, qui espérait un "match des jeunes". "Les Français cherchent l'adulte dans la pièce", a-t-il affirmé, alors que Philippe reculait dans les sondages.

À Amboise, Jean-Louis Borloo, qui présente Béchu comme son "quasi frère", lui a adressé un avertissement sur le ton de la campagne. Celle-ci ne peut pas "être le club du Conseil d'Etat qui va encore expliquer pédagogiquement aux Français, mieux cette fois-ci, comment on va gérer le pays". La remarque visait Philippe, issu de ce corps et accusé de technocratie par ses détracteurs. Pour Béchu, assis au premier rang, l'invitation était claire : laisser davantage de place à la passion politique et ne pas s'en tenir à la gestion.

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