Une difficulté soudaine à parler ou à comprendre doit alerter
Une personne qui cherche brusquement ses mots, les remplace par d'autres ou peine à articuler peut présenter les signes d'un accident vasculaire cérébral. Son discours peut devenir inaudible ; elle peut aussi ne plus comprendre ce qu'on lui dit. Ces troubles du langage font partie des symptômes fréquents, au même titre qu'un visage asymétrique ou une difficulté à bouger un bras ou une jambe.
Il ne faut pas attendre une amélioration pour demander de l'aide. Invitée du RTL info 13h, Noémie Ligot, neurologue et directrice de la clinique neurovasculaire de l'hôpital Erasme, donne une consigne sans ambiguïté : "On appelle le 112 tout de suite."
Lors d'un AVC, un vaisseau du cerveau est le plus souvent obstrué ; il peut aussi se rompre et entraîner une hémorragie. Une prise en charge tardive peut laisser des séquelles. Elle peut également empêcher le recours à certains traitements ou en réduire fortement l'efficacité, souligne la neurologue.
Des messages radio qui perdent leur cohérence
Pour rendre les troubles de la parole plus reconnaissables, "Hear The Signs" utilise notamment des publicités radio dont le propos devient soudain incohérent. Selon La DH / Belga, le Belgian Stroke Council, association spécialisée dans l'étude et la prévention des AVC, a lancé cette campagne le mercredi 28 octobre 2026.
L'association cite une enquête récente auprès de 546 personnes : 44 % des répondants ignorent que l'AVC touche le cerveau et 30 % le prennent pour un problème cardiaque. Parmi les 12 signes d'alerte présentés, seuls 2 % des participants les ont tous reconnus. Près de la moitié, soit 49 %, en ont identifié quatre ou moins.
Les signes perceptibles à l'oreille sont eux aussi mal connus. Seuls 15 % des répondants ont reconnu les quatre symptômes auditifs proposés : une difficulté soudaine à trouver ses mots, une difficulté à articuler, l'emploi de mots inappropriés et une interruption brusque au milieu d'une phrase.
La sensibilisation concerne également les enfants. Avec le soutien du Belgian Stroke Council, AZ Groeninge a lancé "Game of Stroke". Dans ce jeu numérique conçu pour les 6 à 10 ans, le chat BEFAST leur apprend à reconnaître les symptômes d'un AVC.
Des traitements adaptés au type d'AVC
Les médecins choisissent le traitement selon le type d'AVC et l'état du patient. En phase aiguë, ils peuvent administrer par voie intraveineuse un médicament destiné à traiter le caillot. Dans certaines situations, ils peuvent aussi l'extraire directement dans le cerveau à l'aide d'un dispositif : c'est la thrombectomie.
L'audit de l'INAMI recense 1 715 thrombectomies en 2024 dans les 20 hôpitaux belges ayant répondu au questionnaire. Parmi les patients concernés, 931, soit 54,3 %, avaient été transférés depuis un hôpital référent. Le taux de thrombectomie calculé est de 9,5 % pour les 18 113 patients admis avec un diagnostic d'AVC, hors accidents ischémiques transitoires (AIT), dans les 96 hôpitaux interrogés cette année-là.
Cet audit mesure aussi le délai médian "door-to-groin", entre l'arrivée à l'hôpital et le début de la thrombectomie. En 2024, il atteignait 86 minutes pour les patients arrivés directement dans un établissement spécialisé, contre 33 minutes pour ceux transférés depuis un hôpital référent.
Selon L'Avenir, la Belgique compte actuellement 15 centres spécialisés S2 habilités à pratiquer la thrombectomie, alors que le ministre de la Santé en a annoncé 16 pour le pays. Les centres S1 de première ligne assurent, eux, l'imagerie et la thrombolyse.
Après les soins aigus, certains patients ont besoin d'une longue rééducation. Un accompagnement vers la réinsertion professionnelle peut également être nécessaire, notamment pour les plus jeunes.
Environ 30 000 cas par an, mais pas de registre national
RTL info fait état de 30 000 personnes victimes d'un AVC chaque année en Belgique. L'Avenir souligne toutefois l'absence de registre officiel, qui laisse une incertitude sur les chiffres nationaux. Le ministre de la Santé a évoqué 16 000 AVC annuels, un chiffre que le journal présente comme très inférieur à la réalité du terrain.
L'association de prévention Stroke & Go s'appuie sur le site fédéral Vers une Belgique en Bonne santé, qui mentionne 29 000 patients admis par an. Le neurologue Raymackers estime pour sa part le nombre d'AVC proche de 30 000.
Selon ce médecin, les AVC ischémiques dus à l'obstruction d'une artère cérébrale, ou thrombose, représentent 75 à 80 % des cas, les AIT 10 à 12 % et les hémorragies 10 à 15 %. Il situe le taux de décès après un AVC entre 15 et 20 %.
Le Dr Raymackers indique aussi que le risque de récidive peut atteindre 20 à 25 % dans les trois premiers mois suivant un AVC. Un traitement adapté réduit ce risque de 20 à 40 % par rapport à une personne non traitée.
Dépister les facteurs de risque, y compris chez les plus jeunes
L'âge ne suffit pas à écarter le risque. Si les personnes âgées sont davantage touchées, Noémie Ligot rappelle : "Un AVC sur 6 touchera quelqu'un de moins de 55 ans".
La neurologue recommande de rechercher les principaux facteurs de risque avec son médecin traitant et de les traiter au plus tôt : hypertension artérielle, diabète, excès de cholestérol, obésité et manque d'activité physique. Les troubles du sommeil, en particulier les apnées du sommeil, font également partie des facteurs à dépister.






