L'inflation au supermarché : quand la perception s'éloigne des chiffres réels

Alors que neuf Belges sur dix estiment que les prix alimentaires ont augmenté, les données officielles révèlent une réalité bien différente. Une analyse des écarts entre ressenti et statistiques dans un contexte d'inflation générale en hausse.

Marc Delcourt

3 min de lecture

103543997.jpeg

Prix du caddie : le grand mirage de la flambée actuelle (infographies)

Le sentiment est omniprésent dans les médias et les conversations : le prix du caddie exploserait. Cette conviction s'est ancrée dans l'opinion publique belge, relayée par les responsables politiques et confirmée par les sondages. Pourtant, les statistiques officielles racontent une histoire différente, révélant un fossé important entre perception et réalité.

Fin août, un sondage mené par Testachats auprès de 694 personnes montrait que neuf répondants sur dix déclaraient avoir perçu une augmentation des prix au supermarché, dont 26 % affirmaient que cela touchait tout l'assortiment. Concernant l'alimentation, près de la moitié de l'échantillon (44 %) confiait avoir vu ses dépenses bondir depuis janvier, avec deux personnes sur dix dans ce groupe estimant la hausse à au moins 20 %.

Cette perception généralisée contraste fortement avec les données du Bureau Fédéral du Plan et de Statbel. Les prix alimentaires ont en réalité enregistré une déflation de 0,87 % en mars 2026 par rapport à l'année précédente, alors qu'ils affichaient encore une inflation de 0,65 % en février. Plus significatif encore, les prix en supermarché ont baissé de 0,41 % en juin 2026 selon les relevés de Testachats portant sur plus de 3 000 produits dans les principales enseignes, marquant la première baisse en quatre ans.

Un contexte inflationniste général

Ce paradoxe s'inscrit toutefois dans un contexte économique plus large où l'inflation globale reste élevée. Le Bureau Fédéral du Plan prévoit un taux d'inflation moyen de 3,6 % pour 2026, nettement supérieur aux 2,47 % enregistrés en 2025. En août 2026, l'inflation atteignait même 3,97 % en glissement annuel, contre 3,56 % en juillet, témoignant d'une accélération durant l'été.

Cette hausse générale des prix s'explique notamment par la flambée des coûts énergétiques, liée aux tensions au Moyen-Orient selon les prévisions de la Commission européenne. L'indice santé, qui sert de référence pour l'indexation des salaires, des allocations sociales et des loyers en Belgique, devrait progresser de 3,2 % en moyenne en 2026 et de 3,4 % en 2027.

Le franchissement de l'indice pivot (100,28, année de base 2025) en juin 2026 a d'ailleurs déclenché l'indexation des allocations sociales et des salaires des fonctionnaires en septembre 2026, une hausse qui peut sembler dérisoire face au ressenti des ménages concernant leurs dépenses quotidiennes.

Des écarts de prix significatifs avec les pays voisins

Le mécontentement des consommateurs belges trouve également une explication dans les comparaisons transfrontalières. Selon Testachats, les Belges paient en moyenne 15,3 % de moins pour leurs courses en France qu'en Belgique, tandis que les prix aux Pays-Bas sont 14 % plus élevés. Ces différences ont conduit les consommateurs belges à dépenser environ 461 millions d'euros dans les supermarchés français en 2025.

Testachats, organisation indépendante de défense des consommateurs fondée en 1957 et forte de quelque 330 000 membres, finance ses activités uniquement par les cotisations de ses adhérents, garantissant son indépendance dans ses analyses de prix.

Philippe Defeyt, économiste et administrateur de l'Institut pour un Développement Durable, qui a publié de nombreux travaux sur les prix, les revenus et la protection sociale, souligne régulièrement dans ses analyses l'écart entre les statistiques officielles et le vécu des ménages. Cet écart s'explique en partie par les méthodes de calcul de l'inflation, qui tiennent compte de l'évolution de la composition du panier de consommation et des effets de substitution entre produits.

La consommation privée devrait d'ailleurs s'affaiblir en 2026 en raison de la réduction du pouvoir d'achat provoquée par l'inflation élevée, selon les projections de la Commission européenne. Un cercle vicieux qui alimente le sentiment de précarité économique, même lorsque certains indicateurs, comme les prix alimentaires, montrent des évolutions moins défavorables que ce que perçoivent les consommateurs.

BelgiqueInflationPouvoir d'achat
← Retour à Économie

À lire aussi