Des effectifs renforcés et des contrôles recommandés
Le dispositif de sécurité retrouve le niveau du 24 octobre : quelque 70 000 policiers et gendarmes sont mobilisés. Selon Les Échos, la coordination des "gilets jaunes" et des organisations lycéennes et étudiantes sont à l'origine de l'appel à manifester ce 31 octobre 2026, notamment contre la vie chère.
Pour atteindre un taux de disponibilité des effectifs de 75 %, les repos ont été suspendus dans les services où cela était nécessaire, a annoncé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Toutes les forces mobiles disponibles sont engagées, ainsi que des services spécialisés, dont la BRI, le Raid et le GIGN.
Les moyens prévus comprennent des drones, des hélicoptères, des brigades équestres et des unités cynophiles. La gendarmerie mobilise également 26 blindés Centaure, tandis que 15 lanceurs d'eau complètent le dispositif.
En amont des cortèges, des contrôles sont préconisés dans les gares et sur les axes de transport. Ils visent à repérer les cagoules, masques, feux d'artifice et mortiers, ainsi qu'à identifier les personnes faisant l'objet d'une interdiction de manifester.
La soirée d'Halloween concentre les inquiétudes
Vendredi, l'entourage de Laurent Nuñez a qualifié la mobilisation de journée à "haut risque" : "Des épisodes de violences urbaines comparables à ceux du 17 octobre sont anticipés tout au long de la journée". Il redoute aussi des dégradations et des tentatives de pillage.
Les rassemblements non déclarés annoncés pour la fin de journée préoccupent particulièrement les autorités. Selon l'entourage du ministre, des comptes proches notamment de l'ultragauche relaient ces appels sur les réseaux sociaux, où les mots "révolution" et "insurrection" reviennent régulièrement. Lors de sa visite à Rouen le 30 octobre, Laurent Nuñez a également fait part de ses craintes face aux appels à une "nuit des ténèbres" liée à Halloween, accompagnés d'incitations aux pillages et aux exactions.
La première journée, le 17 octobre, avait réuni 550 000 personnes selon la police et 800 000 selon la CGT. Des bâtiments publics avaient été incendiés et des commerces pillés, notamment dans les centres de Paris, Lyon, Marseille et Limoges. Les forces de l'ordre comptaient alors 60 000 agents déployés.
Le 24 octobre, avec 70 000 policiers et gendarmes, la deuxième mobilisation avait rassemblé entre 410 000 et 800 000 personnes. Les violences avaient été moins nombreuses et aucun incident majeur n'avait été signalé.
Une source policière décrit toutefois "beaucoup de fébrilité" et de "la surenchère" à la préfecture de police de Paris et au Renseignement territorial : "Le 17, ils se sont fait surprendre, (…) la moindre information se transforme en notes et on sort des forces en pagaille".
Des parcours contestés et des restrictions locales
Laurent Nuñez a réaffirmé que les rassemblements seraient permis en périphérie, et non dans les centres-villes, comme le 24 octobre. Plusieurs décisions locales encadrent les cortèges et la soirée.
À Paris, le parcours restait incertain vendredi soir. Le tribunal administratif a validé l'itinéraire de Bastille à Nation demandé par les organisateurs de la principale manifestation, alors que la préfecture de police l'avait interdit au profit d'un trajet de la porte d'Italie à la porte de Vincennes. Le ministre a immédiatement annoncé un recours devant le Conseil d'État, dont la décision était susceptible d'intervenir dans la nuit. L'Unef et la CGT revendiquaient déjà une "Victoire" vendredi soir. Plus de 40 stations du métro parisien doivent par ailleurs fermer.
À Lyon, le cortège autorisé évitera l'hypercentre, où un bâtiment de l'office du tourisme avait brûlé le 17 octobre. D'après la préfecture, Solidaires, la CNT et l'Unef ont promis de renforcer leur service d'ordre. Sur la presqu'île commerçante, les mineurs non accompagnés seront soumis à un couvre-feu de samedi à 23 heures à dimanche à 6 heures. La préfecture invoque les risques de débordements liés aux appels à se mobiliser pour Halloween diffusés sur les réseaux sociaux.
À Toulouse, la préfecture considère qu'aucun rassemblement n'est possible faute de manifestation déclarée. Des appels circulent pourtant sur les réseaux sociaux, dont un rendez-vous à 14 heures place Jean-Jaurès, dans le centre-ville. À Marseille, les autorités n'autoriseront que les rassemblements déclarés ; le préfet Jacques Witowski a qualifié certains appels de "totalement irresponsables".
À Bordeaux, les garanties apportées par l'intersyndicale ont conduit la préfecture à autoriser une manifestation. Le maire déplore un itinéraire qu'il estime trop proche du centre-ville. Le parcours passe près du magasin d'électronique reconditionnée de Maxime Brunet : épargnée le 17 octobre, sa boutique a été ravagée le 24 malgré des panneaux de contreplaqué, qu'il a fait réinstaller.
"On va rester dans le coin, avec une quinzaine d'amis, plus deux vigiles. L'idée, ce n'est pas de répondre à la violence par la violence, c'est vraiment de les dissuader, les empêcher au maximum", explique le commerçant.
Des annonces pour l'éducation et une enquête parlementaire
Sur le volet scolaire et universitaire, le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a annoncé plusieurs concessions. Elles prévoient une enveloppe de 5 milliards d'euros pour la rénovation des bâtiments scolaires et le remplacement de Parcoursup en 2028. S'y ajoutent 500 créations de postes d'enseignants, l'annulation de 800 suppressions, 15 000 places supplémentaires en BTS et BUT et une limite de 28 élèves par classe de seconde.
Un sondage Odoxa publié le 29 octobre indique que 64 % des Français souhaitent voir cesser la mobilisation lycéenne et étudiante, tandis que 36 % souhaitent qu'elle continue. Une semaine plus tôt, 68 % jugeaient le mouvement "justifié".
La semaine suivant le 31 octobre, Laurent Nuñez sera le premier à être entendu à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête parlementaire consacrée aux violences des 17 et 18 octobre.






