Nuit d'horreur pour une étudiante de l'UMons, qui dit avoir été séquestrée et violée dans un magasin de nuit : "Ce sont des prédateurs sexuels"
Trois hommes ont comparu lundi devant le tribunal correctionnel de Mons pour répondre d'accusations de viol aggravé et de séquestration. Les faits se seraient déroulés dans la nuit du 12 décembre 2025, dans l'arrière-boutique d'un magasin de nuit situé rue de la Clé, à Mons. La victime présumée, une jeune étudiante de l'Université de Mons identifiée sous le prénom d'emprunt Laura, affirme avoir été droguée et violée pendant plusieurs heures.
Cette affaire survient dans un contexte national préoccupant. En 2025, la Belgique a enregistré 12 196 cas de violences sexuelles et de viols, soit une augmentation de 53% par rapport aux 7 949 cas signalés en 2016. Selon l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes, dans 62% des cas de violences sexuelles signalés en Belgique, les victimes connaissaient l'auteur des faits. Le cas présent fait donc partie de la minorité d'agressions commises par des inconnus.
Chronologie d'une nuit dramatique
Les événements ont commencé vers 1h30 du matin. Laura, qui avait passé la soirée en ville, se rendait chez elle pour étudier en vue des examens. Sur le chemin du retour, elle est entrée dans un magasin de nuit rue de la Clef pour acheter des biscuits. Après avoir utilisé les toilettes d'un café voisin, elle est revenue dans le commerce à 1h42 pour acheter une boisson.
Le magasinier lui a alors proposé de boire un verre à l'arrière de la boutique. La jeune femme, qui peinait à comprendre ses propos, a utilisé une application de traduction sur son téléphone avant d'accepter de le suivre.
À 2h29, le magasin a fermé ses portes alors que Laura se trouvait toujours à l'intérieur, en compagnie du patron. Ce dernier a demandé à son employé de leur servir à boire, du whisky-Coca pour elle. Inquiète de la situation, Laura a envoyé plusieurs messages à sa colocataire, dont un avertissement explicite :
Je suis au night-shop. Si je ne reviens pas, appelle la police
Après avoir bu, la jeune femme rapporte que sa vision est devenue floue avant de perdre complètement connaissance. Les symptômes décrits sont caractéristiques de certaines substances utilisées dans les agressions sexuelles facilitées par la drogue, qui peuvent provoquer des pertes de mémoire et des états de confusion lorsqu'elles sont mélangées à de l'alcool.
Découverte et preuves matérielles
Laura a repris connaissance à 6h34, seule dans l'arrière-boutique. Désorientée, elle a quitté les lieux et a croisé des éboueurs qui ont témoigné avoir aperçu une jeune femme visiblement terrorisée, regardant constamment derrière elle. Ses vêtements étaient mal remis et elle ne portait plus sa petite culotte.
De retour auprès de sa colocataire, Laura a expliqué avoir subi des violences sexuelles. Les deux femmes se sont rendues à l'hôpital pour des examens médicaux, d'abord à Mons puis à Charleroi. Les analyses ont révélé la présence d'ADN masculin dans son vagin.
Les forces de l'ordre sont rapidement intervenues dans le magasin. Deux hommes étaient présents sur place, et un troisième a été découvert caché dans un placard. Les enquêteurs ont également retrouvé la petite culotte de Laura abandonnée sur le sol. Les analyses ultérieures ont révélé la présence de sperme appartenant à l'un des trois suspects, retrouvé lors de la deuxième descente de police.
Bien que Laura conserve des souvenirs fragmentaires de cette nuit, elle a pu identifier les trois hommes, qui ont été placés en détention provisoire.
Accusations et contexte juridique
Les trois prévenus doivent répondre de viol aggravé et de séquestration devant le tribunal correctionnel de Mons. L'un d'eux fait également face à une accusation de tentative de viol sur une autre cliente en juillet 2025. Selon l'accusation, cette femme, qui souhaitait simplement acheter une cigarette, aurait été conduite dans l'arrière-boutique où le prévenu aurait tenté de lui imposer un baiser.
Ces accusations s'inscrivent dans le cadre de la réforme du droit pénal sexuel belge entrée en vigueur en 2022. Cette réforme a doublé la peine maximale d'emprisonnement pour viol, la faisant passer de cinq à dix ans, avec des peines pouvant aller jusqu'à quinze ans lorsque les victimes sont droguées. La nouvelle loi définit le viol comme
tout acte consistant en une pénétration sexuelle de quelque nature et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui ne consent pas, plaçant ainsi le concept de consentement au centre du dispositif juridique.
Le ministère public a requis des peines de quatre et cinq ans d'emprisonnement à l'encontre des prévenus. Le tribunal a également soumis au débat une possible requalification des faits en non-assistance à personne en danger pour deux des accusés.
Versions contradictoires
À l'audience, les trois hommes ont contesté les accusations portées contre eux. Le patron du commerce a présenté une version radicalement différente des événements, affirmant que la jeune étudiante aurait tenté de lui dérober 7 000 euros qu'il détenait dans ses poches. Cette explication ne permet toutefois pas d'expliquer les résultats des analyses scientifiques.
Le parquet a rejeté cette version des faits et considère les trois prévenus comme coauteurs du viol.
Aucun des trois ne justifie la fermeture du magasin, alors que cette jeune femme se trouve à l'intérieur, a souligné le ministère public.
Les avocats de la défense ont plaidé l'acquittement de leurs clients.
Conséquences dévastatrices pour la victime
Dans la salle d'audience, Laura a eu du mal à contenir ses émotions. À plusieurs reprises, elle a dû quitter la salle tant le récit de cette nuit demeure douloureux pour elle.
Depuis les faits, la jeune femme explique avoir perdu une partie de sa vie. Elle souffre de cauchemars récurrents, éprouve une peur d'être abordée par un homme, s'est isolée socialement et a pris du poids. Elle a également perdu son emploi étudiant, ne parvenant plus à sortir de chez elle.
Malgré ces difficultés, Laura a réussi sa première année universitaire, bien qu'un aménagement de son horaire ait été nécessaire pour lui permettre de poursuivre ses études. L'Université de Mons dispose d'un programme "100% Respect" qui combat le harcèlement et les violences sexuelles, offrant un soutien psychologique gratuit par le biais des services U-PSY et mettant à disposition des conseillers de confiance pour les étudiants confrontés à des situations de violence.
J'ai le sentiment d'avoir été jetée comme un jouet cassé cette nuit-là. Ils m'ont arraché ma dignité, mon corps, mes amis, ma famille, ma scolarité, et bien d'autres choses. Je réclame justice
a déclaré Laura lors de l'audience.
Selon les données des Centres de prise en charge des violences sexuelles en Belgique, l'âge moyen des victimes recherchant de l'aide est de 24 ans, avec 90,5% de femmes et 63,1% de cas concernant des viols. Le profil de Laura correspond ainsi aux schémas démographiques observés dans ces centres spécialisés.
La jeune femme peut heureusement compter sur le soutien de ses amis et de sa mère, qui l'accompagnent dans cette épreuve.
"Des prédateurs sexuels"
Maître Odile Maes, l'avocate de Laura, estime que les trois prévenus doivent tous répondre de ce qui s'est passé dans le commerce cette nuit-là.
Cette nuit-là, les trois hommes savaient très bien ce qui se passait à l'arrière du magasin. Ils ont tous leur part de responsabilité
a-t-elle plaidé devant le tribunal.
L'avocate a également rappelé les accusations formulées par une autre cliente à l'encontre de l'un des prévenus. Pour elle, les dénégations des trois hommes ne sont pas crédibles face aux éléments du dossier.
Ce sont des prédateurs sexuels
a conclu Maître Maes.
Le tribunal rendra son jugement début novembre. Cette affaire illustre l'ampleur du phénomène des violences sexuelles en Belgique. Selon une étude majeure menée dans le pays (UN-MENAMAIS), 64% de la population belge âgée de 16 à 69 ans a vécu une forme de violence sexuelle, avec 19% des femmes et 5% des hommes déclarant avoir été victimes de viol. En 2021, la police belge a enregistré plus de 4 000 cas de viol, soit plus de 11 viols par jour, bien que le nombre réel soit estimé beaucoup plus élevé en raison du sous-signalement important de ces crimes.






