Suspension du procès après une erreur de procédure
Le procès de Nicolas Ullens devant la cour d'assises de Nivelles a été brutalement interrompu ce mercredi 7 octobre 2026. Alors que le jury venait de reconnaître l'accusé coupable de l'assassinat de sa belle-mère Myriam Lechien, tuée par balles à Lasne le 29 mars 2023, la phase de détermination de la peine a été suspendue jusqu'au 4 novembre. Une requête en récusation déposée par la défense est à l'origine de ce nouveau rebondissement dans une affaire qui secoue la haute société belge depuis plus de trois ans.
L'incident procédural trouve son origine dans la lecture du verdict prononcé mardi. Après plus de huit heures de délibération, le jury a répondu positivement aux quatre questions qui lui étaient soumises : le meurtre (question principale), la préméditation (question accessoire), ainsi que le port et le transport d'armes. C'est lors de l'annonce de la réponse sur la préméditation que le problème est apparu.
Le président de la cour, Pierre Delcour, a indiqué que sept jurés sur douze avaient retenu la préméditation, contre cinq qui l'avaient écartée. Il a ensuite précisé que les trois magistrats professionnels s'étaient ralliés à cette majorité. Or, selon le Code d'instruction criminelle belge, cette précision n'aurait pas dû être apportée pour une question accessoire.
Deux régimes distincts selon le type de question
Le droit belge distingue en effet deux régimes selon qu'il s'agit de la question principale ou d'une question accessoire. Pour la question principale portant sur la culpabilité, un vote à sept voix contre cinq ne suffit pas : les trois magistrats professionnels doivent alors se prononcer et peuvent faire basculer le résultat. En revanche, pour une question accessoire comme la préméditation, une majorité de sept voix contre cinq suffit à arrêter la décision, sans intervention nécessaire de la cour.
Cette distinction remonte à une réforme de 2016 qui a transformé le système belge. Jusqu'à cette date, la cour d'assises fonctionnait selon le modèle du « jury pur », où seuls les citoyens délibéraient. Depuis février 2016, les juges professionnels délibèrent avec les jurés populaires sur la culpabilité de l'accusé, créant un système mixte qui est au cœur de l'incident procédural actuel.
Les arguments de la défense
Me Jean-Philippe Mayence, avocat de la défense, justifie sa démarche par une double violation.
La cour s'est positionnée et a donné son avis sur la culpabilité en matière de préméditation, en rendant un arrêt pour indiquer qu'elle se ralliait à la majorité du jury sur la question de la préméditation. Elle a donc statué sur le fond, donné son avis et rendu un arrêt donnant cet avis, alors qu'elle ne pouvait pas le faire.
L'avocat invoque également une violation du secret du délibéré, puisque la répartition des votes est désormais connue publiquement.
Le pénaliste souligne qu'il n'avait pas d'autre choix que d'agir immédiatement :
Si je veux agir, je dois déposer la requête immédiatement. Je ne peux pas attendre qu'il y ait la suite des plaidoiries.
Cette procédure, appelée « in limine litis », signifie que la défense considère que la cour n'est plus en mesure de continuer à juger l'affaire en toute impartialité.
La cour a 48 heures pour se prononcer
La cour dispose désormais de 48 heures pour décider si elle se retire du dossier. Si elle refuse, la Cour de cassation devra statuer dans un délai de huit jours sur la demande de récusation. Dans l'hypothèse où la cour se déporterait, l'ensemble du procès devrait être organisé à nouveau devant une autre juridiction, avec un nouveau jury, depuis le début de la procédure.
La réaction des parties civiles
Du côté des parties civiles, la déception domine. Mes Laurent Kennes et Gilles Vanderbeck, qui représentent les enfants de Myriam Lechien, décrivent un sentiment d'abattement.
Nicolas Ullens n'aura rien épargné à ses victimes. Mes clients sont à nouveau affectés parce qu'ils attendaient la fin de ce procès, et ça continue.
L'avocat reconnaît qu'une erreur procédurale a effectivement été commise concernant la divulgation du résultat du vote sur la préméditation. Il conteste toutefois l'interprétation de la défense selon laquelle les magistrats professionnels n'auraient pas pu faire connaître leur position aux jurés durant la délibération. Se référant à un arrêt de la Cour de cassation de 2017, Me Kennes affirme que les magistrats peuvent participer aux échanges et exprimer leur point de vue.
Nous verrons ce que dira la Cour de cassation. Il y a eu une erreur dans le chef de la cour, mais ça n'a pas d'incidence. Cela ne change rien à la situation de Nicolas Ullens.
L'avocat des parties civiles se montre également critique envers la stratégie de la défense :
A force de dire un peu tout et n'importe quoi quand on plaide, cela crée un sentiment de cafouillage. Je remarque que la défense utilise toutes les ficelles pour essayer de s'en sortir. Mais quelqu'un qui assume, il assume pleinement.
Un verdict de culpabilité maintenu
Malgré l'incident procédural, Me Kennes insiste sur l'essentiel : Nicolas Ullens a été reconnu coupable d'assassinat.
L'homme dont on parle est condamné du chef d'assassinat. Il a tué Myriam Lechien de sang-froid, ce sont les mots utilisés dans l'arrêt. Il a assassiné, il a prémédité son crime. Il avait une arme et elle était destinée à tuer.
Les faits du 29 mars 2023
Cette affaire tragique remonte au 29 mars 2023. Ce jour-là, Myriam Lechien, 70 ans, née à Cologne en Allemagne, a été tuée par balles à Lasne. Son mari, le baron Guy Ullens, présent lors de l'attaque, avait été blessé à la jambe et hospitalisé. Nicolas Ullens, ancien agent des services de renseignement belges et fils du baron, s'était présenté spontanément au commissariat de La Mazerine vers 10h50 le jour même, confessant avoir tué sa belle-mère.
Myriam Lechien et Guy Ullens formaient un couple influent dans le monde de l'art contemporain. En 2007, ils avaient fondé le Ullens Center for Contemporary Art (UCCA) à Pékin, s'imposant comme des collectionneurs de renommée internationale. Le baron Guy Ullens est décédé le 19 avril 2025 à l'âge de 90 ans, environ un an avant l'ouverture de ce procès devant la cour d'assises du Brabant wallon.
La cour d'assises, seule juridiction belge à utiliser le système du jury populaire, est également la seule habilitée à prononcer des peines de réclusion à perpétuité. Située à Nivelles, capitale de la province du Brabant wallon, elle fait partie des onze cours d'assises du royaume, une par province ainsi qu'une pour Bruxelles-Capitale.
L'issue de la procédure de récusation déterminera si le procès reprendra le 4 novembre devant la même cour ou si l'ensemble de l'affaire devra être rejugé depuis le début. Dans l'intervalle, les parties civiles et l'accusé restent dans l'attente d'une résolution définitive d'un dossier qui dure depuis plus de trois ans.






