Des marges supplémentaires de 25 centimes par litre de diesel
Greenpeace fonde ses estimations sur les données recueillies du 1er mars au 19 octobre 2026. Sur cette période, les bénéfices exceptionnels de l'industrie pétrolière en Belgique représentent, selon ses calculs, 5,4 millions d'euros par jour.
L'association chiffre les marges supplémentaires à la pompe à 25 centimes pour un litre de diesel et à 15,1 centimes pour un litre d'essence. Dans les deux cas, elle relève des niveaux plus élevés qu'en France et dans les autres pays du Benelux. Elle désigne notamment TotalEnergies et ExxonMobil, qui possèdent des raffineries dans le port d'Anvers, parmi les bénéficiaires de cette situation.
L'étude place la Belgique parmi les pays européens affichant les surprofits par litre les plus élevés. Le pays occupe la sixième place et concentre 3,5 % des surprofits de l'Union, alors que sa population représente 2,6 % de celle de l'UE.
Energia rejette toutefois l'affirmation de Greenpeace selon laquelle les coûts de production n'ont pas augmenté. Citée par la RTBF, la fédération des entreprises énergétiques en Belgique qualifie cette thèse d'"absurde" et invoque notamment l'alourdissement des factures d'énergie des entreprises à forte intensité énergétique.
TotalEnergies, Shell et Repsol annoncent des bénéfices en hausse
Le même jour, le 29 octobre, trois groupes pétroliers ont publié des résultats en forte progression au troisième trimestre 2026. Selon Le Soir, qui relaie Belga, TotalEnergies a enregistré un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars, soit plus du double de celui réalisé un an auparavant. Celui de Shell atteint 12,1 milliards de dollars.
Chez Repsol, le bénéfice net des neuf premiers mois a quadruplé pour s'établir à 5,006 milliards d'euros, en hausse de 325 %. Le troisième trimestre représente à lui seul 2,8 milliards d'euros, contre 574 millions à la même période de 2025.
Les recettes et les limites des taxes de 2022
Greenpeace demande que ces bénéfices exceptionnels soient taxés. La Belgique avait déjà pris une telle mesure sous le gouvernement Vivaldi en 2022. D'après la RTBF, cette taxation des surprofits des compagnies énergétiques avait rapporté entre 400 et 600 millions d'euros. Elle a ensuite été contestée devant la Cour constitutionnelle, et le pays pourrait devoir restituer les sommes collectées.
À l'échelle européenne, la "contribution temporaire de solidarité" instaurée lors de la crise énergétique de 2022 avait permis de recueillir 28 milliards d'euros, selon TF1 Info, contre 25 milliards attendus par la Commission. Les recettes variaient fortement selon les pays : 6,3 milliards d'euros en Italie, 1,5 milliard en Espagne, près de 600 millions en Belgique et 67 millions en France.
La localisation des profits limite aussi les recettes de ces taxes. Une étude de l'Observatoire international de la fiscalité, dirigé par l'économiste Gabriel Zucman et rapportée par Le Soir, indique que les entreprises extractives déclarent dans les paradis fiscaux 0,20 dollar par dollar de profit lorsque les prix de l'énergie s'envolent. En temps normal, cette part est de 0,12 dollar.
Une coordination européenne défendue par Mathieu Bihet
Le ministre belge de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR), privilégie une réponse coordonnée au sein de l'Union. Selon la RTBF, il avertit qu'une contribution imposée aux seules raffineries belges pourrait les inciter à réduire leurs investissements, voire à délocaliser leurs activités.
Les ministres des Finances allemand, espagnol, italien, portugais, autrichien et polonais réclament pour leur part une taxe européenne sur les bénéfices exceptionnels du secteur des énergies fossiles. D'après RTL Info, qui cite Belga, un sommet européen prévu les 26 et 27 novembre 2026 sera consacré à cette question.


