Deux manifestations accompagnées d'un pic d'intérêt
Depuis plusieurs semaines, Bitchat attire les utilisateurs français dans un contexte de mouvement social. Avant son classement du 30 octobre, l'application avait déjà revendiqué un succès à l'approche d'une autre mobilisation. "Bitchat est actuellement numéro 1 sur l'App Store français", avait-elle annoncé sur son compte officiel sur X à la veille de la manifestation du 24 octobre.
Ce rassemblement du 24 octobre 2026 a réuni entre 410 000 et 800 000 personnes selon les sources, rapporte La Croix. L'intérêt pour cette messagerie tient notamment à son fonctionnement indépendant d'internet et du réseau mobile, deux services susceptibles d'être perturbés pendant les manifestations.
Des messages transmis de téléphone en téléphone
Lancée à l'été 2025 par l'Américain Jack Dorsey, fondateur de Twitter, Bitchat se définit comme "une application de messagerie décentralisée en pair à pair qui fonctionne sur des réseaux maillés Bluetooth". Les échanges passent par les ondes à courte portée du Bluetooth entre appareils proches, puis peuvent être relayés par les téléphones d'autres utilisateurs pour étendre le réseau.
Selon La Croix, dans un article du 30 octobre 2026, le Bluetooth à basse consommation utilisé par Bitchat offre une portée directe pouvant atteindre 100 mètres, voire 300 mètres selon Jack Dorsey. Chaque utilisateur équipé peut ensuite servir de relais vers les appareils voisins.
Les utilisateurs peuvent rejoindre des groupes liés à leur emplacement géographique ou échanger des messages privés. Si une connexion internet est disponible, l'application s'appuie sur Nostr, un protocole réseau décentralisé, pour permettre de joindre davantage de personnes.
Chiffrement et effacement des données
Bitchat fait de la confidentialité un argument central et se présente comme "résistante à la surveillance". Elle assure protéger ses utilisateurs contre l'interception de leurs communications. Les échanges ne transitent pas par des serveurs centraux, ce qui limite les possibilités de surveillance ; leur chiffrement automatique doit en empêcher la lecture même s'ils sont interceptés.
Pour utiliser la messagerie, il n'est nécessaire de fournir ni numéro de téléphone ni information personnelle. Un bouton d'alerte permet également d'effacer toutes les données.
Des usages dans les contestations avant la France
La France n'est pas le premier pays où Bitchat accompagne des mouvements de contestation. La Croix et Alt News rapportent son utilisation au Népal, en Inde, en Iran, en Indonésie et en Ouganda, souvent pendant des coupures d'internet. Au Népal, l'application avait enregistré 50 000 téléchargements en septembre 2025.
L'Inde représentait à elle seule 85 % des téléchargements mondiaux entre le 17 et le 23 juillet 2026, d'après les données de Sensor Tower citées par Alt News. Le gouvernement indien avait déjà tenté de restreindre l'application en juillet : l'Indian Cyber Crime Coordination Centre (I4C) avait demandé à GitHub de retirer, sous trois heures, des pages hébergeant son code source et ses versions Android.
Fin juillet 2026, Bitchat a ajouté une fonction permettant aux utilisateurs Android de transmettre l'application elle-même à des téléphones proches, sans connexion internet, indique également Alt News.
Des retraits en Inde et en Chine
Selon Bitchat, au moins deux gouvernements ont ordonné son retrait des magasins d'applications. Début octobre, la messagerie a annoncé sur X : "Le gouvernement indien a officiellement retiré Bitchat de l'App Store". Le lendemain, elle a signalé une ordonnance de blocage visant aussi le Play Store pour Android. En avril, Jack Dorsey avait pour sa part écrit sur X que "Bitchat avait été retirée de l'App Store chinois".
Alt News précise, dans un article du 5 octobre 2026, que le retrait indien fait suite à une demande du ministère de l'Électronique et des Technologies de l'information (MeitY). Celle-ci invoque la présence de contenu illégal en Inde et s'appuie sur l'article 69A de la loi sur les technologies de l'information de 2000. Apple a également bloqué les tests via TestFlight, tandis que plusieurs fournisseurs d'accès indiens ont rendu le site de l'application inaccessible.
Le blocage indien contesté devant la justice
L'Internet Freedom Foundation juge cet ordre de retrait inconstitutionnel, rapporte Alt News. Selon l'organisation, l'article 69A autorise le blocage d'un contenu illégal, mais pas celui d'une messagerie au motif qu'elle peut fonctionner pendant les coupures d'internet.
La Haute Cour du Kerala a été saisie d'un recours d'intérêt public déposé par l'Appropriate Technology Promotion Society contre le blocage, indique MediaNama dans un article du 15 octobre 2026. Les ministères de l'Intérieur, de l'Information et de l'Électronique, ainsi qu'Apple India et Google India, sont mis en cause. La cour a demandé au gouvernement indien de répondre sous quatre semaines et fixé l'audience au 11 novembre 2026.
