À Glasgow, Kelvingrove retire des restes momifiés égyptiens faute de consentement

Les restes du prêtre Nekht ne figurent plus dans l'exposition permanente du musée Kelvingrove. L'établissement explique appliquer une politique qui exige le consentement documenté et éclairé du défunt ou de ses descendants pour présenter des restes humains au public.

Audrey Janssens

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Les restes de Nekht remplacés par un écriteau

À l'emplacement consacré jusqu'ici à Nekht, les visiteurs trouvent désormais ce message : "Nous avons retiré les restes humains de cette exposition comme marque de respect". Le musée de Glasgow a ainsi soustrait au regard du public une tête momifiée, une main et un pied droit provenant de la Vallée des Rois, à Louxor.

D'après Newsweek, le retrait a attiré l'attention des médias lorsqu'un visiteur a diffusé une photographie de l'écriteau sur X. Le Glasgow Times situe cette publication au 17 octobre 2026.

Kelvingrove reçoit 1,3 million de visiteurs par an. Ses collections associent archéologie et œuvres d'art de différentes époques, dont des pièces de Dali et de Van Gogh. Selon les informations de Glasgow Life reprises par Newsweek, l'établissement a ouvert pour l'Exposition internationale de Glasgow de 1901, avant de devenir le musée et la galerie d'art municipaux en 1902. Il est considéré comme l'un des derniers grands musées bâtis à l'époque victorienne.

Une politique locale, pas une obligation générale

Glasgow Life, qui gère Kelvingrove, rattache ce retrait à l'entrée en vigueur d'un nouveau code éthique auquel le musée a adhéré en juin. Son porte-parole a expliqué au Glasgow Times que la politique des musées de Glasgow n'autorise l'exposition de restes humains qu'en présence d'un consentement documenté et éclairé de la personne décédée ou de ses descendants.

Le code révisé du Conseil international des musées (ICOM), publié en juin 2026, préconise d'associer aux décisions les descendants ou les communautés d'origine lorsqu'ils sont connus, rapporte la BBC. Le professeur Steph Scholten, membre du comité d'éthique de l'ICOM, précise toutefois qu'il s'agit d'un cadre d'orientation : chaque institution garde la décision finale, sans obligation de retrait généralisé.

Cette latitude se traduit par des choix différents en Écosse. Selon la BBC, le secteur muséal n'applique pas une démarche uniforme. National Museums Scotland a ainsi fait savoir, par la voix d'un porte-parole, qu'aucune modification de la présentation des restes humains de ses collections n'était envisagée.

Le débat sur l'héritage colonial

Pour étayer leur décision, les responsables de Kelvingrove citent aussi un rapport parlementaire britannique de 2025 consacré aux "réparations africaines". Ce document demande l'arrêt de l'exposition publique des momies égyptiennes. Selon ses auteurs, cette présentation peut aller à l'encontre des souhaits éventuels des ancêtres et des intentions des communautés qui avaient enterré les défunts. Ils y voient également un risque de perpétuation de la domination coloniale et de l'exploitation. L'Égypte a été placée sous tutelle britannique de 1882 à 1952.

Le député conservateur Murdo Fraser a contesté le choix du musée auprès de STV : "Les gens vont au musée pour en savoir plus sur les civilisations antiques, pas pour s'apercevoir qu'une partie de l'Histoire leur est dissimulée parce que cela va à l'encontre des standards idéologiques du moment. Les musées de Glasgow devraient afficher notre Histoire et pas la cacher en douce pour apaiser la dernière tendance politiquement correcte".

D'autres mesures dans les musées de Glasgow

Au Hunterian Museum, géré par l'Université de Glasgow, une autre solution a été retenue pour Lady Shep-En-Hor. Après avoir consulté des égyptologues, le musée a couvert son corps momifié d'un textile conçu pour le cacher aux visiteurs. Selon la BBC, l'établissement présente cette mesure comme un engagement en faveur d'une institution plus éthique. Le sarcophage orné reste, lui, accessible au public en tant qu'œuvre d'art funéraire, après avoir été exposé presque sans interruption depuis 1820.

À Kelvingrove, Glasgow Life indique que le retrait d'autres restes humains archéologiques est en cours au History Discovery Centre et dans la galerie Scotland's Early People. L'organisation prévoit ensuite d'intervenir au St Mungo Museum, également à Glasgow, pour retirer de l'exposition un cercueil et des restes momifiés.

Kelvingrove et le Hunterian ont par ailleurs déclaré qu'ils étudieraient une éventuelle restitution de ces restes si un pays ou une institution leur en faisait la demande.

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