Manifestations : Reflets critique la place donnée aux violences à la télévision

Pour Reflets, la couverture télévisée des manifestations privilégie les affrontements et les dégradations au détriment des cortèges pacifiques. Le média s'appuie sur son suivi des gilets jaunes pour décrire ces choix éditoriaux. Des travaux de la Fondapol et des données d'ACLED apportent d'autres é…

François Lejeune

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Les incidents prennent le pas sur le cortège

Selon Reflets, les Français qui ne participent pas aux manifestations en voient surtout les épisodes violents à l'écran. Le média explique ce décalage par l'attrait des images de feux, de pillages ou d'affrontements avec la police. À ses yeux, la télévision ne peut montrer pendant deux ou trois heures une marche pacifique de participants souriants : cette sélection donne donc une représentation déformée de la mobilisation.

Reflets décrit pourtant les manifestations comme des rassemblements généralement calmes, où des milliers de personnes scandent des slogans et présentent leurs revendications sur des pancartes. Un feu de poubelle, une petite barricade, un pillage ou un affrontement attirent davantage l'attention que le déroulement ordinaire du défilé.

Le vocabulaire employé participe aussi à cette présentation. Reflets rappelle que les violences, au sens judiciaire, concernent les personnes. Pour les atteintes aux biens, les termes sont notamment ceux de dégradation, de destruction, de vol ou de recel.

Les violences policières dans le suivi des mobilisations

Reflets indique avoir suivi presque toutes les manifestations des gilets jaunes. Cette couverture, menée sur une longue période au rythme des rassemblements du samedi, nourrit son analyse du travail médiatique. Le média rapporte y avoir constaté des violences policières et estime que les tactiques de maintien de l'ordre contribuaient le plus souvent à créer du désordre. Il rappelle également ses enquêtes sur les blessés graves, le LBD et ses munitions.

Les interventions policières font aussi l'objet d'un décompte d'ACLED, organisation indépendante dont franceinfo a présenté les données le 14 octobre 2026. Entre 2020 et septembre 2026, elle a recensé en France 598 interventions des forces de l'ordre dans des manifestations qui se déroulaient dans le calme, soit 12 % des manifestations. En nombre d'interventions de ce type, la France arrive au deuxième rang européen, derrière l'Allemagne.

ACLED classe également la France deuxième en Europe, après l'Italie, pour les cas d'usage de la force jugé "excessif" lors de manifestations. Cette qualification désigne un recours disproportionné à la force provoquant des blessures graves chez des manifestants non armés, voire pacifiques. L'organisation en a dénombré 14 en France en un peu plus de six ans, depuis 2020.

Des chiffres sur les manifestations et les émeutes

Dans une étude publiée par la Fondapol en novembre 2023, le politologue Eddy Fougier compare la fréquence des manifestations ayant donné lieu à des violences : 5 % dans les années 1980, contre plus de 43 % pour les rassemblements des gilets jaunes en 2018-2019. Son travail repose sur Vioramil, une base réunissant environ 6 000 épisodes de violences collectives recensés entre 1986 et 2020.

Les données d'ACLED citées par franceinfo situent par ailleurs la France au quatrième rang européen pour le nombre de manifestations entre 2020 et septembre 2026. Avec 4 858 rassemblements comptabilisés, elle se trouve derrière l'Italie (5 851), l'Allemagne (5 463) et l'Espagne (5 410).

Le classement est différent pour les émeutes, catégorie désignée par le terme "riots" dans les données d'ACLED. Depuis 2020, l'organisation en a recensé 1 187 en France, soit le nombre le plus élevé en Europe. L'Allemagne, deuxième, en compte moins de 800.

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