Une demande d'urgence alors que le vote est déjà engagé
John Sauer, conseiller juridique de l'administration, demandait à la Cour suprême, à majorité conservatrice, d'imposer à la Californie de conserver séparément les bulletins de plus de 20 000 électeurs jusqu'à la vérification de leur validité. Selon le gouvernement, les personnes concernées n'étaient probablement pas américaines. Cette appréciation reposait sur des informations qui étaient publiques au moment où elles avaient été recueillies.
La Cour a rejeté la demande sans avoir préalablement sollicité les observations de la Californie, rapporte NBC News. Elle consulte habituellement la partie adverse lorsqu'elle examine ce type de recours en urgence.
Dans cet État démocrate, les opérations de vote avaient commencé dès le début du mois d'octobre. Chacun des quelque 23 millions d'électeurs inscrits reçoit un bulletin par courrier. Au moment de la procédure, les services électoraux avaient déjà traité des centaines de milliers de bulletins.
Plusieurs juges avaient refusé la mesure
Le recours devant la plus haute juridiction américaine faisait suite à plusieurs revers. Le 28 octobre, à Los Angeles, le juge fédéral David Carter avait rejeté la mise en demeure adressée par le ministère de la Justice aux autorités électorales californiennes. L'administration avait alors annoncé qu'elle ferait immédiatement appel.
La Constitution américaine attribue au Congrès et aux États l'organisation des élections, y compris fédérales. Dans sa décision, David Carter avait souligné le caractère sans précédent d'une tentative du pouvoir exécutif fédéral d'imposer, à la veille d'un scrutin, l'abandon des procédures électorales constitutionnelles d'un État et des autorités locales. Il estimait que les droits constitutionnels et la démocratie étaient en jeu.
Le vendredi 30 octobre, la cour d'appel fédérale du 9e circuit, qui siège à San Francisco, avait à son tour rejeté la requête, par deux voix contre une. Les deux juges favorables à la Californie avaient été nommés respectivement par Donald Trump et Joe Biden.
Lundi, à Washington, le juge fédéral James Boasberg a également interdit au gouvernement d'exiger des responsables électoraux californiens qu'ils isolent les bulletins contestés. Il a qualifié les listes fédérales d'"erronées" et considéré que ces exigences "violent probablement la Constitution".
La fiabilité de la liste fédérale mise en cause
David Carter avait aussi dénoncé une méthodologie gouvernementale "entachée d'incertitude et d'erreurs" pour repérer les étrangers supposément inscrits sur les listes électorales. Il avait cité un précédent au Nevada : les autorités fédérales y affirmaient avoir confirmé l'inscription de 185 non-citoyens, mais l'État avait répondu que tous possédaient en réalité la citoyenneté américaine.
En Californie, la Coalition for Humane Immigrant Rights (CHIRLA) et le UCLA Voting Rights Project ont examiné la liste fédérale. D'après leur analyse, déposée au tribunal le 31 octobre, plus de 40 % des personnes citées ne figurent pas dans le fichier électoral de l'État. Les auteurs ont également identifié 22 personnes probablement naturalisées américaines et estimé que des milliers d'autres citoyens semblaient présents sur cette liste.
Le procureur général démocrate de Californie, Rob Bonta, avait dénoncé une démarche empreinte de désespoir, qu'il présentait comme une nouvelle tentative de saper les élections et de piétiner l'État de droit. Après le rejet du recours, il a estimé que la décision devait mettre fin aux tentatives de l'administration de perturber les élections californiennes au moyen d'ordonnances d'urgence.






