Midterms aux Etats-Unis : le contrôle du Congrès en jeu, Paris et l'Otan attentifs

Les électeurs américains votent ce 3 novembre 2026 pour un scrutin qui pourrait coûter à Donald Trump sa majorité dans les deux chambres. En France, Gérald Darmanin maintient son soutien à Edouard Philippe tout en critiquant sa ligne de campagne, tandis que Raphaël Glucksmann précise la composition…

Camille Wouters

8 min de lecture

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Une majorité républicaine menacée

Donald Trump présente ces élections de mi-mandat comme les plus importantes "de notre vie". Au Sénat, les démocrates doivent conquérir quatre sièges pour prendre la majorité : les républicains en détiennent actuellement 53, contre 47 pour l'opposition. Selon La Dépêche du Midi, le Cook Political Report donnait même un léger avantage aux démocrates dans son analyse du 30 octobre. Sept courses demeuraient indécises, dont six pour des sièges républicains : dans le Maine, l'Ohio, l'Alaska, le Texas, l'Iowa et le Kansas.

Le contexte est également défavorable au parti présidentiel à la Chambre des représentants. La Dépêche du Midi rappelle que, depuis 1862, le camp du président y a reculé lors de 38 des 41 scrutins de mi-mandat. Le quotidien rapporte aussi les résultats d'une enquête Reuters/Ipsos du 26 octobre : 32 % des Américains approuvaient l'action de Donald Trump et, parmi les électeurs inscrits, 47 % comptaient voter démocrate pour le Congrès, contre 36 % républicain. Pour 73 % des personnes interrogées, le coût de la vie évoluait dans la mauvaise direction.

Pendant la campagne, Donald Trump a notamment promis un versement de 5 000 dollars à chaque citoyen si les républicains l'emportaient. Le financement comme la légalité de cette mesure suscitent des interrogations, souligne La Dépêche du Midi.

Au-delà de la majorité au Congrès, les résultats ouvriront les débats stratégiques de la présidentielle de 2028. Dans les deux partis, ils alimenteront la discussion entre les partisans d'une ligne plus offensive et ceux d'une approche plus modérée. John Harris, président de POLITICO, y voit déjà le début de la "primaire du je-vous-l'avais-bien-dit".

L'ancien juge fédéral d'appel Michael Luttig alerte pour sa part sur un risque institutionnel. Dans The New Republic, il envisage que des responsables républicains tentent, le 3 janvier 2027, d'empêcher des démocrates élus de prendre leur siège. La Dépêche du Midi rapporte cet avertissement et le rapproche de l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Il s'agit du scénario redouté par l'ancien magistrat, non d'un événement annoncé.

Les Européens surveillent la réaction de Trump

La portée internationale du vote retient l'attention de l'entourage d'Emmanuel Macron. Un visiteur de l'Elysée expliquait lundi soir à Playbook Paris qu'il suivrait notamment "la réaction de Trump". Le président américain menace de reprendre, après les élections, les frappes contre les sites nucléaires iraniens. Dans la nuit précédant le scrutin, les Etats-Unis ont bombardé l'île iranienne de Qeshm, dans le détroit d'Ormuz, quelques heures avant l'ouverture des bureaux de vote.

Une victoire démocrate au Congrès ne devrait toutefois pas entraîner de bouleversement de la politique américaine sur l'Ukraine, le Moyen-Orient ou les différends commerciaux, selon l'analyse de Brussels Playbook. Donald Trump pourrait même chercher à affirmer davantage son autorité à l'étranger si sa marge de manoeuvre intérieure se réduisait.

C'est notamment ce que craignent les alliés au sein de l'Otan. Selon les journalistes de POLITICO Victor Jack et Paul McLeary, ils redoutent que l'Alliance devienne une cible privilégiée du président en cas de cohabitation avec un Congrès démocrate.

Darmanin soutient Philippe, mais réclame une campagne plus sociale

Gérald Darmanin ne compte pas relancer le débat sur une primaire lors de son entretien prévu à 8 h 25 sur RMC-BFMTV. Il a indiqué lundi soir à Playbook Paris qu'il défendrait, si on l'interrogeait, la position d'Edouard Philippe : cette procédure n'a désormais plus d'intérêt.

Son soutien au candidat Horizons n'efface pas ses réserves. Dès son ralliement, à la mi-août, le ministre de la Justice estimait qu'une campagne insuffisamment sociale laisserait peu de chances de victoire au maire du Havre, selon un proche interrogé par Playbook Paris. Il juge aujourd'hui ne pas être "pas encore tout à fait écouté" dans sa défense d'une "droite sociale". Il rappelle néanmoins avoir déjà été minoritaire dans son camp sous Nicolas Sarkozy puis Emmanuel Macron.

Le garde des Sceaux relève aussi des évolutions qu'il approuve : Edouard Philippe a durci ses propositions contre le narcotrafic et assoupli son projet sur les retraites, qui ne prévoit pas d'âge légal de départ à 67 ans. Gérald Darmanin a également retenu ses annonces sur le pouvoir d'achat et les familles.

Dans l'entourage des deux hommes, certains doutent pourtant de sa confiance dans une victoire et pensent qu'il considère Philippe comme "la moins mauvaise des solutions". Le ministre répond : "Ce sera extrêmement dur mais c'est le seul chez nous qui peut gagner." Il pourrait prendre la place de numéro deux de la campagne à partir de janvier, si le candidat le souhaite. Il affirme cependant vouloir rester loyal au président jusqu'au terme de son mandat, avant de quitter la politique active.

Attal insiste sur la primaire, Glucksmann rassemble son équipe

Gabriel Attal reste, lui, convaincu qu'une primaire aura lieu. En petit comité, il dit ne voir "pas pourquoi tout à coup les sondages s'inverseraient". Il répond ainsi à Edouard Philippe, qui avait exprimé dimanche sur TF1 ses doutes sur la tenue d'un tel vote. Le candidat Renaissance estime qu'un ralliement d'autres prétendants, comme Bruno Retailleau ou David Lisnard, au principe de la primaire rendrait la participation du maire du Havre incontournable.

Attal conteste aussi l'étiquette de "continuateur du macronisme" que lui a attribuée Philippe. A ses yeux, le premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron en a plutôt été l'un des instigateurs. Il rappelle sa marque personnelle, notamment la limitation à 80 km/h défendue en 2018, qui avait compté parmi les causes du mouvement des Gilets jaunes.

A gauche, une grande partie de l'organigramme de Raphaël Glucksmann a été validée puis transmise lundi soir à Playbook Paris par son équipe. Le candidat avait remporté dès le premier tour, le 11 octobre, la primaire du PS, de Place publique et de la Gauche républicaine et socialiste. Selon France 24, il avait obtenu 66,17 % des voix, devant Olivier Faure à 14,46 %. Avec 120 587 votants, la participation restait très en deçà des quelque 2 millions de 2017 et des près de 3 millions de 2011.

La direction de campagne revient au sénateur Alexandre Ouizille, dont l'ancien collaborateur Benjamin Gault prend en charge les réseaux sociaux. Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, devient conseiller spécial. Olivier Faure n'obtient pas de fonction, mais deux de ses soutiens sont intégrés : Pierre Jouvet coordonne les porte-parole et dirige le pôle médias, tandis que Sébastien Vincini participe à la mobilisation.

Deux anciens concurrents de la primaire, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, seront porte-parole, tout comme Aurore Lalucq, coprésidente de Place publique. Aurélien Rousseau occupera un poste de conseiller spécial et Sacha Houlié codirigera le pôle société. Cécile Duflot ne rejoindra finalement pas l'équipe.

Raphaël Glucksmann s'est également prononcé lundi en faveur d'une modification de la date du second tour de la présidentielle, actuellement fixé au 2 mai, une initiative qu'il jugerait "intelligent" de prendre.

Londres pourrait revenir dans l'UE sans l'euro ni Schengen

L'Union européenne serait disposée à permettre au Royaume-Uni de revenir sans rejoindre la zone euro ni l'espace Schengen, selon les informations du journaliste de POLITICO Jon Stone. Ces deux dérogations resteraient conditionnées à une décision britannique de demander une nouvelle adhésion. Elles pourraient conforter le Premier ministre Andy Burnham, qui a évoqué cette possibilité.

L'effet de telles conditions apparaît dans un sondage YouGov réalisé début novembre et rapporté par POLITICO. Un retour sur le Brexit était souhaité par 55 % des Britanniques, contre 34 % qui préféraient rester hors de l'Union. Mais, si l'euro et Schengen devenaient obligatoires, le soutien à l'adhésion tombait à 35 %, tandis que l'opposition atteignait 43 %.

Un rendez-vous plus proche est déjà prévu : Andy Burnham doit rencontrer Ursula von der Leyen à Bruxelles le 20 novembre. Selon POLITICO, le Premier ministre et la présidente de la Commission européenne doivent signer un ensemble de mesures facilitant les relations post-Brexit : un accord sur les échanges alimentaires, de nouveaux visas pour les jeunes et l'interconnexion des systèmes d'échange de quotas d'émission.

Marine Le Pen veut assouplir la publicité pour l'alcool

Marine Le Pen souhaite réduire les restrictions publicitaires concernant le vin et les spiritueux, selon Paris Influence, la lettre spécialisée de POLITICO. Cette volonté remet en discussion le champ de la loi Evin, qui encadre la promotion de l'alcool.

Le RN a déjà engagé cette démarche. Dans une vérification publiée le 25 mars 2026, AFP Factuel rappelle que Christophe Barthès, député RN de l'Aude, a déposé en décembre 2024 une proposition visant à assouplir les règles de publicité pour le vin. Marine Le Pen avait elle-même demandé une révision du "périmètre" de la loi lors d'un déplacement en Ardèche le 6 mars 2026. Le texte a été adopté le 10 janvier 1991.

AFP Factuel rappelle également le bilan sanitaire de l'alcool en France : environ 40 000 décès par an, dont 16 000 par cancers et près de 10 000 par maladies cardiovasculaires. D'après Santé publique France, il représente la deuxième cause de mortalité évitable dans le pays.

CNews, mobilisation lycéenne et rendez-vous du jour

Selon Franceinfo, la commission des Affaires culturelles et de l'Education de l'Assemblée nationale doit examiner cet après-midi les suites possibles à la pétition demandant la fermeture de CNews. Elle a dépassé 500 000 signatures. Marine Le Pen a défendu la chaîne.

L'Union syndicale lycéenne a annoncé lundi sur BFMTV que 169 lycées étaient bloqués. Le ministère de l'Education nationale en avait recensé 41 en début de journée. L'organisation appelle à maintenir la mobilisation ce mardi, comme l'Union nationale des étudiants de France, l'Unef.

A l'Assemblée, les questions au gouvernement débuteront à 15 heures, avant la reprise de l'examen du budget pour 2027. Edouard Philippe doit participer à Dunkerque au congrès de l'association internationale Villes & Ports, puis réunir son comité de campagne dans la soirée. Jordan Bardella sera reçu au journal de 20 heures de TF1 ; Bruno Retailleau est attendu sur BFMTV à 20 h 30.

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