Saint-Gilles : le bourgmestre demande l'intervention de la police fédérale après une fusillade à la kalachnikov

Le bourgmestre Jean Spinette envisage de requérir la police fédérale après des tirs de kalachnikov lundi soir place des Deux Bancs, devant des enfants attablés en terrasse. Cette fusillade s'inscrit dans une vague de violence sans précédent à Bruxelles.

Antoine Verstraeten

4 min de lecture

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Saint-Gilles : le bourgmestre demande l'intervention de la police fédérale après une fusillade à la kalachnikov

Le bourgmestre de Saint-Gilles Jean Spinette (PS) a annoncé mardi matin qu'il envisageait de requérir la police fédérale après la fusillade survenue lundi soir vers 21h30 place des Deux Bancs. Un individu a ouvert le feu à la kalachnikov en pleine rue, devant des enfants attablés à la terrasse d'une pizzeria.

« Un type a tiré à la kalachnikov devant des enfants dans mon village, je suis hors de moi. Il faut qu'on vienne nous aider », a déclaré le bourgmestre, qui affirme avoir entendu les détonations depuis la fenêtre de sa chambre. « Tout le monde a entendu dans le quartier. » Il s'est immédiatement rendu sur place pour constater les dégâts et réconforter les enfants traumatisés. « J'ai consolé des enfants qui étaient attablés à la terrasse de la pizzeria. Le tireur s'est posté juste devant. »

Une vague de violence sans précédent

Cette fusillade représente le sixième incident de ce type à Bruxelles en quelques jours seulement, et le troisième jour consécutif de tirs à Saint-Gilles. Des fusillades ont également été enregistrées récemment à Molenbeek-Saint-Jean et à Anderlecht. Mardi matin, 18 impacts de balles ont été comptabilisés au sol au croisement des rues Gustave Defnet, du Monténegro et de la chaussée de Forest. Ces points d'impact n'étaient pas présents dimanche.

L'ampleur de la crise est considérable. Bruxelles a recensé 57 fusillades au cours des sept premiers mois de 2026, contre 22 durant les trois premiers mois de l'année, témoignant d'une accélération dramatique de la violence armée dans la capitale. Au total, au moins 66 fusillades ont été comptabilisées à Bruxelles en 2026. Deux d'entre elles ont été mortelles, à Saint-Josse-ten-Noode en janvier et à Molenbeek-Saint-Jean en juillet, toutes deux liées au trafic de drogue.

Un riverain présent en terrasse lundi soir a raconté avoir entendu les tirs avant de se précipiter à l'intérieur de l'établissement pour se mettre à l'abri.

Une demande de réquisition de la police fédérale

Face à cette situation, Jean Spinette, réélu en octobre 2024 à la tête d'une coalition PS/Ecolo/Groen, envisage une demande de réquisition sur la base de l'article 43 de la loi sur la fonction de police. Cette disposition permet au bourgmestre de requérir la police fédérale en cas de menace grave et imminente contre l'ordre public lorsque les moyens de la police locale sont insuffisants.

« Il y a des coups dans le sol, des coups de kalachnikov. Cela fait trois ans que je demande des renforts », poursuit le maïeur. « C'est l'ordre public de base et la sécurité de base qui sont atteints. Nos policiers n'arrêtent pas d'arrêter et de procéder à des saisies. Tous nos hommes sont sur le terrain. Il en faut plus. » Il rappelle qu'un impact de balle avait notamment touché une école l'année dernière.

Le procureur général de Bruxelles Julien Moinil avait précédemment averti que n'importe qui à Bruxelles pouvait devenir victime d'une fusillade, soulignant que de nombreuses attaques sont ordonnées depuis l'intérieur des prisons.

Un bras de fer avec le ministre de l'Intérieur

Le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR), en poste depuis février 2025, a réagi mardi matin dans l'émission De Ochtend sur Radio 1. Il estime que ces nombreux coups de feu sont « le signe que nous devons poursuivre avec détermination notre lutte contre la criminalité liée à la drogue ». Pour lui, ces incidents sont « totalement inacceptables » mais démontrent aussi que la lutte contre le trafic porte ses fruits. « Cela montre que ça marche, et que nous devons persévérer. C'est un travail de longue haleine », a-t-il affirmé.

Le ministre a souligné qu'il avait déployé 77 policiers judiciaires fédéraux supplémentaires à Bruxelles, précisant que ces agents nécessitent une expérience spécifique en matière d'enquêtes liées à la drogue et ne peuvent être simplement remplacés par n'importe quel personnel disponible. Contrairement aux affirmations du bourgmestre de Saint-Gilles qui réclamait « les mêmes moyens qu'Anvers », Bernard Quintin a déclaré avoir davantage renforcé la Police judiciaire fédérale à Bruxelles qu'à Anvers.

Le ministre a également appelé à « cesser de se rejeter la faute » et à travailler ensemble, tout en pointant la responsabilité des élus locaux bruxellois. « J'ai débloqué 1 million d'euros pour l'installation de nouvelles caméras dans la zone sud, mais j'apprends aujourd'hui que leur remplacement pourrait prendre jusqu'à deux ans en raison de problèmes liés aux arbres. Ce n'est tout de même pas la faute du ministre de l'Intérieur ? »

Jean Spinette affirme avoir échangé avec le ministre et que celui-ci devait se rendre mardi matin à Saint-Gilles. Le cabinet du ministre dément cette visite.

Un marché de la drogue florissant

Ces violences s'inscrivent dans le contexte d'un marché de la drogue particulièrement lucratif. La Belgique a dépensé 1,2 milliard d'euros en drogues illicites en 2023 selon la Banque nationale de Belgique, avec des niveaux de consommation presque deux fois supérieurs aux estimations précédentes. Bruxelles figure parmi les villes européennes affichant les taux de consommation de cocaïne les plus élevés d'après les analyses des eaux usées.

Le ministre de l'Intérieur se tiendra à la disposition de la commission des Affaires intérieures de la Chambre. Les partis d'opposition, le PS et le Vlaams Belang, demandent la convocation de cette commission afin de pouvoir lui poser des questions sur la gestion de la crise sécuritaire.

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