À Paris, un itinéraire fixé au terme d'une nuit de recours
Les organisateurs de la principale manifestation parisienne n'ont finalement pas obtenu le trajet Bastille-Nation qu'ils réclamaient. Dans une ordonnance consultée par l'AFP, le Conseil d'État a annulé la décision du tribunal administratif qui leur avait donné raison et validé le parcours périphérique proposé par la préfecture de police.
Le contentieux s'est prolongé pendant une partie de la nuit. Selon Le Nouvel Obs et actu.fr, le tribunal administratif avait suspendu l'arrêté d'interdiction vendredi 30 octobre au soir. La préfecture a aussitôt fait appel, avant que le Conseil d'État ne tranche samedi 31 octobre au matin.
Pour justifier sa décision, le Conseil d'État considère que l'itinéraire alternatif préserve la liberté de manifester et la visibilité des revendications, tout en sécurisant le cortège jusqu'à sa dispersion. Il estime aussi qu'une meilleure répartition des forces de sécurité doit permettre de réduire les risques d'exactions aux abords du rassemblement. Il juge donc la mesure nécessaire, adaptée et proportionnée.
Le rassemblement est autorisé de 12 heures à 18 heures, avec un départ prévu à 14 heures. Le cortège suivra les boulevards des Maréchaux de la porte de Bagnolet, dans le 20e arrondissement, à la porte de Charenton, dans le 12e. Le 24 octobre déjà, les manifestants parisiens avaient emprunté ces boulevards périphériques, mais entre les portes d'Italie et de Vincennes.
La crainte de violences comparables à celles du 17 octobre
Une source policière fait état de 350 actions recensées pour ce samedi en France, avec une participation totale estimée entre 350 000 et 450 000 personnes. Une autre rapporte à l'AFP que certains décrivent un "climat pré-insurrectionnel". L'entourage du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, redoute des épisodes de violences urbaines comparables à ceux du 17 octobre, dans la journée comme à partir de la tombée de la nuit.
Le 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personnes avaient manifesté dans le pays, selon les estimations. Des commerces avaient été pillés, des bâtiments publics incendiés et des affrontements avaient opposé des manifestants aux forces de l'ordre. La mobilisation du 24 octobre, qui avait réuni entre 410 000 et 800 000 personnes avec quelque 70 000 policiers et gendarmes déployés, avait connu moins de violences.
Dès jeudi, Laurent Nuñez a annoncé que la protection des commerces mise en place le 24 octobre serait reconduite et renforcée. Il a qualifié cette nouvelle journée de mobilisation de journée "à risque très élevé de troubles à l'ordre public".
Son entourage s'alarme également de la circulation des mots "révolution" et "insurrection" sur les réseaux sociaux, alors que la mobilisation coïncide avec Halloween. Le ministre a averti que cette fête ne justifierait pas de se cacher le visage pour commettre des troubles à l'ordre public. Le port d'un masque est légal dans l'espace public à l'occasion d'une fête comme Halloween, mais reste interdit aux abords des manifestations.
Des commerces barricadés et des couvre-feux
Les commerçants abordent cette nouvelle journée avec inquiétude, selon l'Alliance du commerce, qui représente les grandes enseignes et celles des centres-villes. CCI France rappelle que 600 des 2 500 commerces touchés dans le pays n'ont toujours pas rouvert. Vendredi, un photographe de l'AFP a vu plusieurs magasins se barricader à Paris, notamment autour du quartier de l'Opéra.
La mairie de Paris prévoit de mobiliser plus de 1 000 agents ce week-end pour remettre l'espace public en état. Elle indique aussi retirer les équipements qui pourraient servir à commettre des dégradations. Dans certains secteurs de la capitale, un nouveau couvre-feu s'appliquera de 23 heures à 6 heures pendant les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi.
Les couvre-feux se sont multipliés ces derniers jours dans plusieurs villes. À Lyon, la préfecture du Rhône avait ainsi annoncé le 20 octobre la reconduction de cette mesure de 21 heures à 6 heures dans l'hyper-centre, après les violences du 17 octobre.
Des autorisations encadrées dans les autres villes
Les autorités ont cherché à maintenir les manifestations à distance des centres-villes. À Lyon, le défilé autorisé restera hors de l'hyper-centre, où les violences du 17 octobre ont notamment laissé un bâtiment de l'office du tourisme incendié.
À Bordeaux, la préfecture a cette fois autorisé le cortège, contrairement à la semaine précédente, mais elle prévoit une journée "difficile" et "des actions violentes". À Rennes, les organisateurs ont obtenu l'autorisation de manifester après avoir modifié un parcours initialement interdit. À Marseille, l'autorisation ne concernera que les rassemblements déclarés.
Des revendications lycéennes et un lourd bilan de blessés
La mobilisation contre la vie chère prolonge le mouvement lycéen engagé à la mi-septembre. Les lycéens réclament notamment que les professeurs absents soient systématiquement remplacés, que les établissements dégradés soient rénovés et que Parcoursup, la plateforme d'admission dans l'enseignement supérieur, soit révisée ou supprimée.
Le gouvernement a présenté plusieurs mesures lundi 26 octobre, parmi lesquelles le remplacement progressif de Parcoursup d'ici à 2028. Selon Le Nouvel Obs, ces annonces n'ont pas convaincu les organisations lycéennes et étudiantes, qui ont appelé à continuer la mobilisation le 31 octobre ainsi qu'à la rentrée.
Depuis la mi-septembre, plusieurs manifestants, dont des mineurs, ont subi des blessures graves ou des mutilations lors d'opérations de maintien de l'ordre. Le Parisien rapporte notamment le cas de deux adolescents de 17 ans blessés le 17 octobre : à Saint-Étienne, l'un a eu la main arrachée par une grenade policière ; à Mulhouse, une jeune fille a été éborgnée. Laurent Nuñez fait, de son côté, état de 1 193 policiers et gendarmes blessés.
D'autres rendez-vous annoncés en novembre
Les "gilets jaunes" avaient appelé à un "prélude" vendredi 30 octobre, sous la forme de "casserolades" devant l'Assemblée nationale ou les mairies. Ils invitent ensuite à rejoindre la journée de grève et de manifestations du 5 novembre.
Leur appel prévoit de "reconduire" les grèves et les blocages le 6 novembre, puis de participer à un "Acte IV" le samedi 7 novembre, "pour l'égalité réelle".






