Le célèbre braqueur français Antonio Ferrara introduit une nouvelle requête en récusation
Le tribunal correctionnel francophone de Bruxelles a appris lundi matin que la défense d'Antonio Ferrara avait déposé vendredi une nouvelle requête en récusation contre les juges de la 46e chambre. Cette manœuvre procédurale bloque à nouveau le procès du célèbre braqueur franco-italien et de neuf coaccusés, poursuivis pour la tentative de braquage d'un centre-fort à Bochum, en Allemagne, où les banques entreposent leur argent liquide et leurs objets de valeur.
Les dix prévenus avaient été arrêtés le 27 février 2025 vers 6 heures du matin dans le quartier de Rotenberg à Eupen, lors d'une vaste opération policière internationale. L'intervention, menée conjointement par les autorités françaises de l'OCLCO (Office central de lutte contre la criminalité organisée) et du JIRS Paris, la police fédérale belge et les forces allemandes, avait donné lieu à des coups de feu. Un policier fédéral belge avait été blessé pendant l'opération.
Né le 12 octobre 1973 à Cassino en Italie, Antonio Ferrara a émigré en France avec sa famille à l'âge de dix ans en 1983, s'installant à Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne. Surnommé « le roi de la belle » pour avoir réussi deux évasions spectaculaires de prison, notamment celle de la prison de Fresnes le 12 mars 2003, Ferrara avait été libéré en juillet 2022 de la prison de Réau en Seine-et-Marne après avoir purgé une peine de 19 ans. Moins de trois ans plus tard, il se retrouve dans le box des accusés à Bruxelles.
Une stratégie procédurale contestée
Dans cette nouvelle requête, la défense d'Antonio Ferrara soutient que le tribunal n'a pas respecté le code judiciaire lorsqu'il a décidé, le 14 juillet dernier, de renvoyer l'affaire à l'audience du 31 août en déclarant les plumitifs exécutoires, nonobstant tout recours. Pour Me Romain Delcoigne, avocat du principal prévenu, le droit n'a pas été respecté et le procès doit être suspendu le temps que cette nouvelle requête soit traitée par la cour d'appel.
Je veux que l'affaire soit traitée, mais qu'elle le soit dans le respect du droit
a déclaré Antonio Ferrara aux juges lundi matin, répondant à la procureure du roi qui qualifie cette deuxième requête d'« abusive ». Selon le ministère public, la défense « use et abuse de la procédure pour faire tarder les choses ». La procureure a demandé que le procès démarre au plus vite, estimant que la nouvelle requête est tardive.
Cette controverse s'inscrit dans le contexte d'une réforme législative belge de mai 2024 qui visait précisément à empêcher les requêtes en récusation systématiques utilisées pour retarder les procès. La nouvelle loi permet aux juges de fixer des dates d'audience futures indépendamment des résultats des récusations en cours.
Un dossier massif et des charges lourdes
Les dix prévenus sont poursuivis pour tentative de braquage, détention et port d'armes et d'explosifs, association de malfaiteurs et tentative de meurtre sur un policier. Antonio Ferrara n'est pas poursuivi à titre personnel pour cette dernière prévention. Parmi les coaccusés figure son frère, Massimiliano Ferrara.
Lors des arrestations, les autorités ont saisi un arsenal impressionnant composé d'armes de guerre, de grenades, d'environ quinze détonateurs et de plusieurs gilets pare-balles, comme l'ont présenté les procureurs de Bruxelles et de Paris le lendemain de l'opération.
Le dossier est particulièrement volumineux et comprend notamment 9 544 heures d'écoutes téléphoniques. Les enquêteurs avaient placé des dispositifs d'écoute dans au moins un des véhicules des suspects, leur permettant de surveiller les déplacements et les conversations du groupe pendant des mois avant l'intervention.
En fin de matinée lundi, le tribunal s'est retiré pour trancher sur l'effet suspensif de cette nouvelle requête. Alors que les parties civiles se sont rangées du côté du ministère public en demandant l'ouverture du procès au fond, l'essentiel des avocats défendant les prévenus a soutenu le maintien de l'effet suspensif.
Le caractère suspensif est une règle coulée dans le marbre et dans le code judiciaire
a relevé Me Delcoigne, estimant que les deux exceptions à cette règle n'ont pas lieu d'être dans ce cas-ci.
Le tribunal devait se prononcer en milieu de journée. La première requête en récusation, introduite le 26 mai par la défense d'Antonio Ferrara, avait été rejetée par la cour d'appel de Bruxelles le 30 juin. Ce rejet a été confirmé par la cour de cassation le 25 août.
Les dix prévenus passent régulièrement devant le tribunal correctionnel de Bruxelles depuis le 30 mars dernier. Les discussions n'ont cependant pas encore dépassé les questions de procédure et l'enjeu du respect des droits de la défense, alimentant les critiques sur les dysfonctionnements du système judiciaire belge.



