Belgique : la démission du gouvernement De Wever en suspens après l'échec budgétaire

Bart De Wever a remis la démission de son gouvernement au roi Philippe le 2 novembre 2026, après l'échec des discussions sur un effort budgétaire de dix milliards d'euros d'ici à 2029. Le souverain réserve sa décision et recevra les dirigeants des cinq partis de la majorité avant de revoir le Premi…

Camille Wouters

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Des consultations royales jusqu'au 6 novembre

Selon la RTBF, le roi Philippe commencera ses consultations le mardi 3 novembre avec Yvan Verougstraete, président des Engagés, et Sammy Mahdi, président du CD&V. Conner Rousseau, pour Vooruit, et Georges-Louis Bouchez, pour le MR, seront reçus mercredi. Valerie Van Peel, présidente de la N-VA, suivra jeudi. Bart De Wever est attendu au Palais le vendredi 6 novembre à 10 h 30.

Le Premier ministre dirige depuis février 2025 une majorité de centre-droit réunissant la N-VA, le MR, Les Engagés, le CD&V et Vooruit. Son surnom, "Arizona", vient des couleurs de ces partis : le jaune, l'orange, le rouge et le bleu rappellent le drapeau de cet État américain.

La démission n'étant pas acceptée à ce stade, l'issue reste ouverte. Selon Reuters, si le roi l'acceptait, il pourrait solliciter d'autres partis pour constituer une coalition ou convoquer de nouvelles élections.

Un compromis à huit milliards écarté

La rupture est intervenue dans la nuit de dimanche à lundi. D'après Le Soir, le Conseil des ministres restreint s'est séparé peu après minuit sans avoir trouvé comment dégager les dix milliards d'euros recherchés pour réduire le déficit jusqu'en 2029. Le MR et Les Engagés avaient proposé de ramener l'effort à huit milliards, une option refusée par Bart De Wever.

Au cours des échanges, le Premier ministre a invoqué la menace d'une dégradation de la note de crédit belge et les risques financiers associés à une absence d'accord. Il a également exclu de commencer l'année 2027 sous le régime des douzièmes provisoires. Ce dispositif limiterait les dépenses mensuelles du gouvernement à un douzième du budget de l'année en cours, faute d'accord budgétaire.

Deux autres propositions de Bart De Wever ont été rejetées : une rémunération dégressive des ministres fédéraux tant que les négociations se poursuivraient, et une "loi de stabilité" comprenant des mesures urgentes pour ralentir l'endettement. Selon Le Soir, ces refus ont motivé sa décision de présenter la démission du gouvernement.

Lorsqu'il a quitté son bureau, vers 2 h 30, ses partenaires ne considéraient pourtant pas les négociations comme terminées. Aucun vice-Premier ne souhaitait leur arrêt lundi et tous jugeaient un accord encore possible. L'un d'eux espérait que la démarche auprès du roi susciterait "un électrochoc" permettant une dernière tentative entre lundi et mardi, sans quoi il redoutait "la crise profonde".

Le désaccord porte sur la répartition de l'effort

Le refus du MR d'une hausse de la TVA d'un point a laissé les partenaires en désaccord sur les mesures de remplacement. Vooruit s'est opposé à ce qu'elles touchent les soins de santé. Le parti de Conner Rousseau réclamait 1,5 milliard d'euros de prélèvements sur les contribuables les plus aisés et rejetait les sauts d'index ainsi que les autres gels d'indexation des allocations sociales.

Les Engagés ont défendu dimanche plusieurs hausses de prélèvements : faire passer de 10 à 15 % la taxe sur les plus-values, relever celle sur les opérations boursières, intégrer les actions nominatives à la taxe sur les titres et accroître la taxation des sociétés de management.

Les libéraux estimaient au contraire que les demandes de la gauche et du centre reposaient trop sur la fiscalité et insuffisamment sur les économies. Vooruit restait disposé à négocier, mais demandait de protéger les citoyens ordinaires, les retraités et les soins de santé, tout en obtenant une contribution claire et concrète des grandes fortunes. Le parti jugeait que les propositions sur la table ne répondaient pas à ces conditions.

Au CD&V, on estimait les réticences des Engagés sur les soins de santé encore négociables. Le principal obstacle était, selon ce parti, le conflit fiscal entre Vooruit et le MR, dont la demande d'un milliard de taxes en moins paraissait impossible à satisfaire. Les Engagés conservaient eux aussi l'espoir de reprendre les discussions.

Un précédent politique et une contestation sociale

La coalition avait déjà connu un blocage budgétaire comparable un an plus tôt, rapporte La Libre Belgique avec l'AFP. Bart De Wever avait alors brandi la menace d'une démission et rencontré le roi.

Les mesures d'économie font aussi l'objet d'une mobilisation syndicale depuis plusieurs mois. Le 9 octobre 2026, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Belgique contre l'austérité. Des violences et des dégradations ont eu lieu en marge du cortège.

Déficit, dette et note de crédit sous surveillance

Les données de la Banque nationale de Belgique montrent une dégradation des finances publiques : le déficit est passé de 4,4 % du PIB en 2024 à 5,2 % en 2025, tandis que la dette atteignait 108,1 % du PIB, contre 104,0 % l'année précédente. Pour 2026, la BNB prévoit un déficit de 5,3 % du PIB et un endettement de 111,3 %.

La procédure européenne de déficit excessif visant la Belgique a été ouverte le 26 juillet 2024. Une recommandation du Conseil du 20 juin 2025 fixe à 2029 au plus tard l'échéance pour y mettre fin. En juin 2026, la Commission européenne a suspendu cette procédure pour la Belgique et huit autres États membres.

Le 24 octobre 2026, Standard & Poor's a confirmé la note belge à AA-, assortie d'une perspective stable. L'agence l'avait abaissée de AA à AA- en avril. Elle prévoit un déficit public de 5,3 % du PIB en 2026 et avertit qu'un dépassement de ses prévisions de déficit pourrait entraîner une nouvelle dégradation.

Sur le marché obligataire, Reuters situait le 2 novembre le rendement de l'OLO belge à dix ans entre 4,35 % et 4,40 %. Celui de l'OAT française se trouvait entre 4,91 % et 4,98 %, et celui du Bund allemand entre 3,30 % et 3,34 %.

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