À Molenbeek, les interdictions de rassemblement deviennent monnaie courante face à la violence armée
Le 29 juillet 2026, les habitants de Molenbeek convergent vers la salle Pythagoras, à quelques pas de la gare de l'Ouest. Les autorités communales ont convoqué cette réunion publique en réponse à une nouvelle vague de coups de feu dans les rues. À l'entrée, les journalistes sont éconduits. Officiellement, il s'agit de garantir « la sérénité des débats » et une « parole libre ». L'assemblée doit permettre au collège communal de présenter les mesures prises pour enrayer le cycle de violence.
Outre le renforcement de la présence policière, les autorités annoncent une interdiction stricte : durant tout le mois d'août, aucun rassemblement de plus de trois personnes ne sera toléré entre 23 heures et 6 heures du matin dans plusieurs rues d'un quartier ciblé. Cette décision intervient quelques jours après une fusillade survenue près de la station de métro Beekkant le 26 juillet, au cours de laquelle un homme a été blessé par balle.
Une violence armée sans précédent à Bruxelles
Cette mesure s'inscrit dans un contexte de violence armée sans précédent dans la capitale belge. En 2025, Bruxelles a enregistré 96 incidents par arme à feu, dépassant le précédent record de 92 fusillades établi en 2024. Les chiffres ont ainsi presque doublé depuis 2022. La tendance s'est poursuivie en 2026 : au cours des trois premiers mois de l'année, 22 fusillades ont été recensées, causant au moins dix blessés et un mort. Huit de ces incidents étaient directement liés au trafic de stupéfiants ou à des conflits territoriaux entre groupes criminels.
Une concentration géographique des incidents
La violence armée se concentre géographiquement. La majorité des incidents surviennent dans cinq communes : la Ville de Bruxelles, Anderlecht, Sint-Gillis, Molenbeek-Saint-Jean et Schaerbeek. La plupart des autres municipalités de la périphérie bruxelloise ne connaissent aucune fusillade. Dans la majorité des cas, les victimes sont touchées à la jambe, un mode opératoire qui relève davantage de l'intimidation dans le cadre de guerres de territoire entre bandes rivales que d'une volonté létale. La plupart des incidents par arme à feu ne se soldent d'ailleurs pas par des décès.
Un terrain propice aux tensions
Molenbeek présente des caractéristiques structurelles qui en font un terrain propice aux tensions. La commune est située sur une route majeure de trafic de drogue entre la région du Rif au Maroc et les Pays-Bas. La moitié de sa population a moins de 29 ans, et de nombreuses familles vivent dans des logements surpeuplés. Ces facteurs sociaux et démographiques se conjuguent pour créer un environnement où les réseaux criminels trouvent facilement prise.
Les coupes budgétaires aggravent la situation sociale
La situation sociale s'est encore dégradée avec les coupes budgétaires dans les services d'accueil. Le budget de Fedasil, l'agence fédérale d'accueil des demandeurs d'asile, doit être réduit de 83 %, passant de 826 millions d'euros en 2025 à 138 millions d'euros d'ici 2029. Cette décision, annoncée en mai 2025 par la ministre de l'Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt, membre du parti nationaliste flamand N-VA, a des répercussions directes sur le terrain. En 2025, plus de 7 000 demandeurs d'asile se sont vu refuser systématiquement l'accueil, Fedasil manquant de capacités suffisantes et refusant l'hébergement à la plupart des hommes isolés.
Les mesures de restriction comme celle adoptée à Molenbeek témoignent d'une normalisation progressive des réponses sécuritaires face à une violence qui s'installe durablement. Alors que les fusillades rythment désormais le quotidien de certains quartiers bruxellois, les autorités locales multiplient les interdictions pour tenter de reprendre le contrôle de l'espace public.




