Un recours accru à la retraite progressive
Si la hausse des demandes de départ était anticipée, l'ampleur du recours à la retraite progressive a davantage surpris les services. Paul Bazin évoque un "succès extrêmement fort". Les données de la Cnav publiées début juillet 2026 et rapportées par Le Figaro montraient déjà cette évolution : le dispositif comptait 66 800 bénéficiaires au deuxième trimestre, contre 34 798 au 30 juin 2025, soit près de 1,9 fois plus en un an.
Créée en 1988, la retraite progressive associe une activité à temps partiel au versement d'une fraction de la pension, proportionnelle au temps non travaillé. L'activité doit représenter entre 40 % et 80 % de la durée légale du travail. Pour un salarié au forfait jours, la plage autorisée va de 87 à 174 jours par an, sur une base annuelle de 218 jours.
Depuis le 1er septembre 2025, un décret publié durant l'été 2025 permet d'y accéder dès 60 ans, avec 150 trimestres cotisés. La réforme de 2023 avait déjà renforcé ce dispositif longtemps marginal : l'employeur ne peut refuser une demande sans motif légitime. Elle en avait également ouvert le bénéfice à de nouveaux publics, dont les fonctionnaires et les professions libérales.
La suspension de la réforme avance certains départs
Pour la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), le régime de base des salariés du privé et des indépendants, l'augmentation globale des demandes était en revanche attendue. Paul Bazin la qualifie de "très forte" et la relie aux effets de la suspension de la réforme Borne de 2023.
Adoptée l'an dernier dans le budget de la Sécurité sociale, cette suspension figure dans la loi de financement pour 2026, la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025. Elle interrompt jusqu'en janvier 2028 le calendrier de relèvement de l'âge légal vers 64 ans ainsi que celui de la durée de cotisation nécessaire au taux plein.
Les personnes nées en 1964 ont ainsi pu partir dès octobre 2026, à 62 ans et 9 mois comme la génération précédente, plutôt qu'à 63 ans au début de 2027. Au total, cinq générations gagnent quelques mois. Selon Service-Public.fr, l'âge légal s'échelonne désormais de 62 ans et 9 mois à 63 ans et 9 mois pour les générations 1964 à 1968 ; le seuil de 64 ans s'appliquera à partir de la génération 1969.
Les conditions du taux plein changent également. La génération 1964 doit réunir 170 trimestres au lieu de 171. Pour les personnes nées de janvier à mars 1965, le nombre requis passe de 172 à 170 ; pour celles nées entre avril et décembre 1965, il passe de 172 à 171, précise Service-Public.fr.
Plus de 95 % des pensions versées dans les temps
Paul Bazin assure que cet afflux n'a pas allongé le traitement des dossiers : le délai "ne s'est pas dégradé" et "plus de 95 % des assurés" perçoivent leur pension à temps. L'Assurance retraite verse chaque année plus de 15,5 millions de retraites et suit la carrière de près de 23,5 millions de cotisants.
À la tête de la Cnav depuis le 28 août 2026, Paul Bazin a succédé à Renaud Villard, qui occupait ce poste depuis mars 2016. Il était auparavant conseiller social du Premier ministre et dirigeait le pôle Travail, Retraites, Santé et Solidarités.






