Rentrée 2026 : les enseignants du secondaire supérieur passent à 22 périodes sans revalorisation salariale

Dès cette rentrée, les professeurs de la 4e à la 7e secondaire doivent assurer 22 périodes de cours au lieu de 20, une augmentation de 10 % de leur charge de travail sans compensation financière. Cette mesure s'inscrit dans un plan d'austérité de 86,7 millions d'euros imposé au secteur de l'enseign…

Thomas Peeters

4 min de lecture

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Rentrée 2026 : les enseignants du secondaire supérieur passent à 22 périodes sans revalorisation salariale

À partir de cette rentrée scolaire, les enseignants du secondaire supérieur, de la 4e à la 7e année, voient leur charge de travail augmenter de 10 %. Ils devront désormais assurer 22 périodes de cours par semaine, contre 20 auparavant, rejoignant ainsi le régime déjà appliqué dans le secondaire inférieur. Cette mesure s'applique sans revalorisation salariale et touche tous les professeurs, à l'exception des nouveaux arrivants dans leur première année d'enseignement et des enseignants âgés de 60 ans et plus, qui peuvent maintenir un horaire de 20 périodes.

Cette décision intervient dans un contexte budgétaire tendu pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui affiche un déficit de 1,6 milliard d'euros en 2026. Le secteur de l'enseignement est appelé à réaliser 86,7 millions d'euros d'économies, sur un total de 255 millions d'euros de coupes prévues dans l'ensemble des secteurs. Sans intervention, la dette publique de la FWB pourrait doubler d'ici 2029, passant de 12,78 milliards d'euros en 2024 à 21 milliards, selon les projections d'un comité d'experts. Le coût annuel du service de la dette augmenterait alors d'un montant équivalent à l'indexation des salaires dans l'enseignement.

Le tronc commun bouleverse l'organisation scolaire

Parallèlement à l'augmentation de la charge de travail, l'arrivée du tronc commun en 1re secondaire modifie en profondeur la grille horaire. Cette réforme, issue du Pacte pour un Enseignement d'excellence lancé en 2016, étend l'apprentissage commun de la 1re maternelle jusqu'à la 3e secondaire, soit jusqu'à l'âge de 15 ans. Approuvée en mai 2026 après près de huit heures de débat parlementaire, elle prévoit la mobilisation de 220 équivalents temps plein dans le primaire et 140 en 1re secondaire pour accompagner les élèves en difficulté. La mise en œuvre complète du tronc commun dans toutes les années concernées est attendue pour 2028-2029.

Ces changements organisationnels s'ajoutent à d'autres mesures d'économies qui pèsent sur le fonctionnement des établissements. La limitation des détachements pédagogiques contraint certains enseignants ou directeurs nommés à retourner en classe, au détriment de ceux qui les remplaçaient en tant que temporaires. Les budgets de fonctionnement des écoles ne sont par ailleurs pas indexés en 2026, ce qui représente une baisse réelle de leur pouvoir d'achat.

Conditions de travail fragilisées et mobilisation sociale

Au-delà de l'augmentation du temps de prestation, d'autres mesures affectent les conditions de travail des enseignants. L'indemnisation en cas de congé de maladie est réduite : après épuisement des jours de congé, le taux maintenu passe de 80-70 % à 60 %, ce qui constitue une perte de pouvoir d'achat pour des enseignants dont la situation est parfois déjà précaire. À partir de 2027, le statut de nomination des enseignants sera remplacé par un nouveau contrat « CDI-E » (contrat à durée indéterminée-enseignement), qui permet un recrutement plus rapide mais peut être rompu avec un préavis minimal, supprimant ainsi la sécurité d'emploi historique dont bénéficiaient les nouveaux enseignants nommés.

Ces réformes interviennent dans un contexte démographique paradoxal. La Fédération Wallonie-Bruxelles a perdu environ 30 000 élèves en dix ans (2017-2023), avec une chute de plus de 10,6 % des inscriptions en maternelle, soit 20 090 jeunes enfants en moins. Les projections indiquent environ 32 500 élèves de moins dans l'enseignement primaire d'ici 2028-2029 en raison du déclin du taux de natalité. Pourtant, le système éducatif est confronté à une pénurie critique d'enseignants, en particulier dans le primaire. En 2026, presque aucun nouveau professeur ne sortira diplômé en raison de la réforme prolongeant la formation pédagogique de trois à quatre ans. Dans le secondaire, jusqu'à un quart des enseignants nécessaires font défaut dans certaines écoles, certaines devant même passer à des semaines de quatre jours.

L'opposition à ce plan d'austérité s'est exprimée massivement dans la rue. Entre 10 000 et 15 000 personnes ont manifesté à Bruxelles le 9 avril 2026 contre les mesures du gouvernement de la FWB, marquant la deuxième grande mobilisation en quatre mois après un rassemblement de 5 000 personnes en décembre 2025. Les coupes touchent également l'enseignement supérieur : les frais d'inscription universitaire augmenteront de 43 %, passant de 835 euros à 1 194 euros par an dès la rentrée académique 2026-2027, rattrapant l'indexation non appliquée depuis 2011.

Pour les enseignants temporaires ou à horaires incomplets, les conséquences de ces réformes sont directes. Avec la généralisation des 22 périodes pour les titulaires, moins de postes de remplacement seront disponibles, forçant certains à compléter leur horaire dans plusieurs établissements, parfois éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres.

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