Réforme de l'enseignement : le CDI-E confirmé pour 2027, mais la fin des nominations reportée
Le contrat à durée indéterminée d'enseignant (CDI-E) entrera en application dès la rentrée 2027, a confirmé mercredi Valérie Glatigny, ministre de l'Éducation et vice-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette mesure phare vise à stabiliser les jeunes enseignants dans le métier face à une crise de rétention préoccupante : un enseignant sur trois quitte la profession dans les cinq premières années, une réalité qui alimente la pénurie structurelle d'enseignants dans la Fédération.
La réforme s'inscrit dans un contexte de profonde transformation du système éducatif. Depuis février 2019, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté une réforme de la formation initiale des enseignants, prolongeant celle-ci de trois à quatre ans. Les premiers diplômés de ce cursus renforcé, qui ont entamé leur Master en enseignement en 2023, arriveront sur le marché du travail en 2027. Pour accompagner cette montée en qualification, le gouvernement a également approuvé en janvier 2026 une augmentation salariale de 5% pour les enseignants formés sur quatre ans, soit environ 150 euros bruts supplémentaires par mois pour les débutants.
Un CDI sur année civile pour garantir la continuité
Le CDI-E proposera aux jeunes enseignants des contrats sur une année civile plutôt que scolaire, garantissant ainsi une couverture salariale durant les mois de juillet et août. Cette mesure entend mettre fin à la rupture estivale mal vécue par de nombreux professeurs débutants.
En 2027, les diplômés auront été formés non plus en trois mais en quatre ans. Cette année supplémentaire, c'est une formation de meilleure qualité. Nous voulons leur donner une perspective indéterminée pour ancrer ces jeunes rapidement dans le métier afin qu'ils puissent construire leur vie
explique Valérie Glatigny.
Les modalités précises restent toutefois en discussion.
Est-ce que ce sera d'août à août, de septembre à septembre ou d'octobre à octobre ? Pour le moment les modèles sont à l'étude et en discussion. Rien n'est stabilisé car on attend encore le retour de certaines fédérations de pouvoirs organisateurs
précise la ministre. La mise en œuvre du CDI-E nécessitera également la création de regroupements inter-réseaux de pouvoirs organisateurs d'ici le 1er janvier 2027.
L'arrêt des nominations suspendu pour raisons budgétaires
Le second volet de la réforme, consistant à mettre fin au système des nominations, se heurte à un obstacle financier majeur. Actuellement, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne verse que 5,26% de cotisations patronales sur les salaires des enseignants nommés. Le passage aux contrats CDI ferait grimper ce taux à 23,62%, créant un surcoût de plusieurs centaines de millions d'euros.
Cette charge supplémentaire s'avère insoutenable pour une Fédération confrontée à un déficit budgétaire de 1,6 milliard d'euros en 2026. Sans action rapide, la dette publique de la FWB pourrait doubler, passant de 12,78 milliards d'euros en 2024 à 21 milliards d'euros en 2029. Le gouvernement s'est fixé comme objectif de ramener le déficit à 1,2 milliard d'euros d'ici 2029.
J'ai été aussi loin que possible dans les négociations avec le Fédéral pour avoir un taux de cotisation patronale plus bas pour que ce soit tenable pour la FWB
indique Valérie Glatigny.
En l'absence de réponse claire du fédéral, cette deuxième partie est en suspens et probablement qu'on n'arrivera pas à la fin des nominations d'ici la fin de la législature. On ne veut pas plomber les finances de la Fédération.
Une problématique européenne
La crise de recrutement et de rétention des enseignants ne concerne pas uniquement la Belgique francophone. Selon les données de l'OCDE publiées en 2025, des tendances similaires à la hausse des pénuries d'enseignants ont été observées en Autriche, au Danemark, au Portugal et dans la Fédération Wallonie-Bruxelles, témoignant de difficultés croissantes à pourvoir les postes d'enseignants à travers l'Europe.
La Communauté germanophone de Belgique a également lancé en septembre 2025 sa propre réforme de la formation initiale, prolongeant le bachelier de trois à quatre ans et portant les stages pratiques à 25% du programme. Cette convergence des politiques éducatives à travers les différentes communautés belges illustre l'ampleur du défi auquel fait face le secteur de l'enseignement.



