Un contexte budgétaire sous pression
La rentrée scolaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles s'effectue dans un climat encore tendu, quelques semaines après les grèves qui ont paralysé l'enseignement francophone du 18 au 27 mai 2026. Quelque 3 000 enseignants et élèves avaient encore manifesté à Bruxelles le 4 juin, avant que le Parlement n'adopte définitivement le décret-programme controversé lors d'une session marathon de 14 heures, achevée aux premières heures du 5 juin.
Face aux critiques parfois personnelles dont elle fait l'objet, Valérie Glatigny (MR), ministre de l'Éducation et première vice-présidente du gouvernement dirigé par Elisabeth Degryse (Les Engagés), assume pleinement sa ligne de conduite. La ministre, revenue aux affaires en juillet 2024 après avoir démissionné en 2023 pour raisons de santé, défend une trajectoire budgétaire qu'elle présente comme incontournable.
Des chiffres alarmants
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le déficit de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour 2026 a été revu à la hausse en avril dernier, passant de 1,61 milliard d'euros initialement prévus à 1,77 milliard d'euros, soit un écart de 160 millions d'euros. Pour l'année en cours, le budget prévoit déjà 255 millions d'euros d'économies par des coupes budgétaires, la fin de services gratuits dans de nombreux programmes scolaires et le gel des subventions culturelles.
Le gouvernement vise 500 millions d'euros d'économies structurelles d'ici 2029, avec pour objectif de ramener le déficit de 1,6 milliard à 1,2 milliard d'euros. Selon les projections gouvernementales issues d'un comité d'experts, sans action urgente, la dette publique de la FWB pourrait doubler en moins de dix ans, passant de 12,78 milliards d'euros en 2024 à 21 milliards d'euros en 2029.
Des réformes qui suscitent la colère
Les mesures adoptées touchent directement le personnel enseignant. Les professeurs du secondaire voient leur charge de travail augmenter de 10 % sans compensation salariale, passant de 20 à 22 heures hebdomadaires. Les régimes de fin de carrière sont raccourcis, passant de quatre à deux ans, tandis que les politiques de congé maladie pour les enseignants titularisés deviennent plus strictes.
L'enseignement supérieur n'est pas épargné. Le minerval universitaire a été porté à 1 194 euros pour 58 % des étudiants dès la rentrée académique 2026-2027, selon un système progressif à quatre paliers :
- gratuit pour les boursiers
- 384 euros pour les revenus modestes
- 835 euros pour les revenus intermédiaires
- plein tarif pour le reste des étudiants
Ces décisions ont déclenché une vague de protestations sans précédent au printemps. La journée du 4 juin a été particulièrement tendue, avec l'intervention des forces de l'ordre qui ont procédé à une dizaine d'arrestations alors que les débats parlementaires se poursuivaient à l'intérieur du bâtiment.
Une ministre qui refuse le populisme
Valérie Glatigny ne faiblit pas face à la contestation. La ministre assume ouvertement son impopularité auprès du corps enseignant et des syndicats. Elle présente sa démarche comme un devoir politique guidé par la responsabilité budgétaire plutôt que par la recherche d'approbation populaire.
Le gouvernement MR-Les Engagés, en place depuis juillet 2024, maintient le cap malgré les turbulences. La coalition défend l'idée que ces mesures d'austérité sont nécessaires pour éviter une dérive financière qui compromettrait l'avenir même du système éducatif francophone.
Reste à savoir si cette rentrée permettra d'apaiser les tensions ou si de nouvelles mobilisations se profilent à l'horizon. Les syndicats enseignants n'ont pas désarmé et surveillent de près la mise en œuvre concrète des réformes votées en juin.



