La technologie américaine concentre les pertes
Le contraste est marqué entre les deux rives de l'Atlantique. Vendredi, avant le début de la séance américaine, le S&P 500 se situait 3 % sous son niveau d'une semaine auparavant. Le recul atteignait 4,4 % pour le Nasdaq et 6,9 % pour l'ensemble du secteur technologique américain.
Les semi-conducteurs accusent une baisse hebdomadaire de 12,9 %. Parmi les titres les plus touchés figurent Micron (-25,8 %), Intel (-20,5 %), AMD (-19,9 %), ARM (-19,1 %) et Broadcom (-10,6 %). Qualcomm a, de son côté, perdu 9,5 % sur la seule séance de jeudi après des résultats décevants.
Les ventes s'étendent aux fournisseurs d'équipements pour les data centers : CoreWeave recule de 20,4 %, Corning de 16,1 % et Schneider de 3,6 %. Les producteurs d'énergie présents sur ce marché n'échappent pas au mouvement, avec des pertes de 10,2 % pour GE Vernova et de 8,7 % pour Constellation Energy.
Les grands groupes qui investissent massivement dans ces infrastructures connaissent des évolutions plus contrastées. Amazon gagne 8,3 % et Alphabet 1 %, alors que Meta abandonne 1,6 %. Test-Achats Invest souligne qu'un ralentissement de l'IA aux États-Unis, s'il se confirmait, réduirait les investissements et serait favorable à la trésorerie de ces hyperscalers.
Les sociétés dirigées par Elon Musk, proche de Donald Trump, font également l'objet de ventes importantes : Tesla perd 14 % et SpaceX 8,2 %.
Les projets de data centers face au changement politique
La victoire démocrate fait peser une incertitude sur le volume et le calendrier des investissements dans les infrastructures de l'IA. Désormais majoritaire au Congrès, le parti pourrait en restreindre le développement, notamment en raison de leur consommation d'eau et de leur incidence sur les prix de l'énergie.
Le risque concerne aussi les décisions prises au niveau des États. Selon Russell Investments, dans une analyse du 4 novembre 2026, le Texas, la Géorgie et l'Ohio auront tous un gouverneur démocrate pour la première fois depuis 1987. Les trois futurs gouverneurs soutiennent des propositions visant à suspendre ou à limiter le développement de nouveaux data centers.
Le Texas occupe une place particulière : il représente environ un quart de la capacité de data centers prévue aux États-Unis, d'après CIO Dive et Russell Investments. L'élection d'une gouverneure démocrate y constitue donc un enjeu central pour le rythme des constructions. Dans une note de recherche citée par CIO Dive le 4 novembre, UBS estime que le basculement politique pourrait affecter près d'un tiers des mises en service attendues en 2028.
Les votes locaux témoignent également de cette opposition. D'après CIO Dive, lors du scrutin de mi-mandat du 3 novembre 2026, les électeurs se sont prononcés contre les data centers dans toutes les mesures qui leur étaient soumises, sauf une, sur un total de 41.
Ces incertitudes interviennent alors que les dépenses restent en forte croissance. Gartner, cité par CIO Dive le 4 novembre, prévoit 2 700 milliards de dollars de dépenses mondiales liées à l'IA en 2026, soit près de 50 % de plus qu'un an auparavant. Les data centers représentent le segment des dépenses informatiques dont la croissance est la plus rapide.
Test-Achats Invest juge néanmoins peu probable que les États-Unis acceptent de se laisser distancer par la Chine dans la course à l'IA. Les valeurs chinoises du secteur ont elles aussi subi une correction : selon Reuters, le 26 octobre 2026, l'indice STAR50 des valeurs de l'IA et des semi-conducteurs avait perdu 40 % en moins de quatre mois, effaçant environ 480 milliards de dollars de capitalisation.
En Europe, les secteurs défensifs soutiennent les indices
Moins exposée aux valeurs technologiques, l'Europe conserve une progression d'ensemble. Le Stoxx Europe 50 avance de 0,5 %, avec des écarts entre places : Paris gagne 3 %, tandis qu'Amsterdam perd 1,3 %. Les secteurs défensifs sont recherchés : les biens de consommation progressent de 6,1 %, l'alimentation de 4,2 % et la pharmacie de 1,6 %.
À Bruxelles, le profil défensif du Bel 20 lui a permis de dépasser son précédent record du 3 septembre et de franchir les 6 000 points au cours de la semaine. Le repli de vendredi a toutefois réduit son avance hebdomadaire à tout juste 1 %.
La défense suit la direction inverse, avec une baisse sectorielle de 7,8 %. Le projet de budget militaire de 1 500 milliards de dollars présenté par l'administration Trump pour 2027 devrait rencontrer davantage de résistance après la victoire démocrate. Selon Russell Investments, le Congrès pourrait en limiter le montant. Les démocrates détiennent 55 sièges au Sénat, sans disposer de la majorité nécessaire pour passer outre un veto présidentiel.
BAE recule de 10,3 % et Lockheed Martin de 9,5 %. Test-Achats Invest rappelle toutefois que ces entreprises participent à des programmes de longue durée, dont une modification en profondeur serait difficile.
Bel 20 : banques, holdings et consommation en hausse
Les achats dans la finance profitent à KBC, en hausse de 2,6 % malgré le versement d'un dividende intérimaire brut de 1 euro. Selon Test-Achats Invest, la victoire démocrate atténue les craintes des banques européennes concernant une nouvelle réglementation aux États-Unis. KBC publiera ses résultats trimestriels le 12 novembre. Ageas gagne pour sa part 2,8 %, également soutenu par le secteur et par le relèvement à 86 euros de son objectif de cours chez Keefe, Bruyette & Woods.
Ackermans & van Haaren avance de 2,3 %. Après la journée des investisseurs d'octobre, KBC Securities a confirmé sa recommandation d'achat et porté son objectif de cours à 330 euros. Les banques Delen et Van Breda, deux participations importantes du holding, avaient présenté à cette occasion leurs objectifs pour 2030.
GBL progresse de 1,4 % malgré un léger recul de sa valeur intrinsèque au troisième trimestre, principalement lié à la baisse d'Adidas, dont il est actionnaire. Le holding compte poursuivre ses rachats d'actions. À l'inverse, Sofina cède 2,3 % sur des prises de bénéfices après sa remontée des dernières semaines. KBC Securities a aussi retiré le titre de sa liste de favoris.
Avec un gain de 4,4 %, AB InBev récupère l'essentiel des 4,6 % perdus la semaine précédente, alors même que le brasseur avait publié de bons résultats trimestriels. Lotus Bakeries poursuit sa hausse (+1,8 %), soutenu par les résultats solides de Mondelez et le relèvement de ses perspectives.
La croissance de Mondelez provient surtout de marchés émergents comme le Brésil et l'Inde, où les deux groupes travaillent étroitement ensemble. En Inde, Mondelez fabrique et distribue les biscuits Biscoff, en contrepartie de redevances versées à Lotus.
Bel 20 : métaux, chimie et santé
Umicore enregistre une hausse de 6,9 %. Le spécialiste du recyclage des métaux précieux bénéficie du renchérissement de ces métaux, favorisé par la faiblesse du dollar. L'or a notamment gagné 5,1 %.
Dans la chimie, Solvay prend 1,9 %. Son récent avertissement sur résultats avait déjà préparé le marché à la faiblesse des chiffres du troisième trimestre. Aucune annonce n'a encore été faite sur une éventuelle réduction du dividende.
Syensqo avance de 1,5 % après une hausse trimestrielle de 11,4 % de son chiffre d'affaires. La demande de matériaux pour l'aéronautique, les semi-conducteurs et les batteries reste forte, mais la progression des coûts pèse sur la marge : matières premières, personnel et recrutements destinés à répondre aux besoins croissants de l'aéronautique. Le groupe conserve son objectif annuel d'EBITDA et relève légèrement sa prévision de flux de trésorerie opérationnel. Plusieurs candidats se seraient par ailleurs intéressés à la reprise de la division Performance and Care.
Aperam gagne 1,1 %. À 105 millions d'euros, son bénéfice opérationnel du troisième trimestre manque légèrement les attentes, tout en dépassant celui de la même période un an plus tôt. Les économies réalisées et les mesures de protection aux frontières européennes ont compensé la faiblesse saisonnière de la demande en Europe. Pour le trimestre en cours, le groupe prévoit une amélioration de ce bénéfice par rapport au trimestre précédent et une diminution de sa dette, conformément au scénario de Test-Achats Invest.
UCB ne progresse plus que de 0,4 % après les fortes hausses des semaines précédentes. Le laboratoire s'associe à Cradle, une start-up néerlando-suisse spécialisée dans la biotechnologie et l'IA, pour mettre au point de nouveaux médicaments. La plateforme de Cradle utilise l'IA pour concevoir des protéines et rechercher de nouveaux anticorps, ce qui doit permettre de réduire les expériences en laboratoire et le nombre de molécules nécessaires.
Melexis suit en revanche la baisse générale de la technologie et des semi-conducteurs, avec un recul de 2,8 %.
Immobilier belge : loyers, acquisitions et cessions
Parmi les valeurs immobilières du Bel 20, Montea gagne 5,2 %. Le titre reste soutenu par l'annonce, faite la semaine précédente, de son arrivée en Italie grâce à l'acquisition d'un important portefeuille de bâtiments. WDP avance de 1,4 %, malgré un objectif de cours ramené de 25 à 24 euros par Deutsche Bank.
Hors de l'indice, VGP se distingue avec une progression de 8,9 %. Sur les dix premiers mois de l'année, ses revenus locatifs ont augmenté de 9 % pour dépasser 500 millions d'euros. Le promoteur logistique prévoit de céder à ses coentreprises plus de 450 millions d'euros de biens au quatrième trimestre, afin de dégager des moyens supplémentaires pour sa croissance et ses projets.
Care Property Invest prend 3,4 %. Après une augmentation de 12,2 % de ses revenus locatifs sur les neuf premiers mois de l'année, la société immobilière réglementée relève pour la deuxième fois son objectif de bénéfice par action pour 2026, de 1,11 à 1,13 euro. Elle maintient sa prévision d'un dividende brut de 1 euro, stable.
Home Invest Belgium progresse de 1,4 % et poursuit le recentrage de son portefeuille. La société cède trois immeubles non stratégiques totalisant 46 logements pour 10 millions d'euros. Ce montant dépasse de 7 % leur dernière valeur comptable et de 50 % leur prix d'achat. Sur la période 2024-2026, elle a déjà vendu plus de 60 millions d'euros d'actifs immobiliers, avec une plus-value moyenne de 14 % par rapport à la dernière valeur estimée, puis réinvesti les fonds dans de nouveaux projets.
Nextensa recule de 0,1 %. Une institution financière de renom louera quatre étages du nouvel immeuble de bureaux East Corner, à Cloche d'Or au Luxembourg, pour une durée ferme de neuf ans.
Atenor perd 1,6 %. Après avoir remboursé l'obligation échue en octobre, le groupe a obtenu un prêt de 45 millions d'euros auprès de son actionnaire de référence. Ces fonds doivent financer plusieurs projets ainsi que le remboursement de deux autres emprunts obligataires importants.
Hors Bel 20 : avertissement chez bpost, investissements chez Sipef et TINC
bpost (Bnode) chute de 11,3 % après avoir de nouveau réduit ses prévisions pour 2026. Confronté à une demande de colis inférieure aux attentes, le groupe vise désormais un bénéfice opérationnel compris entre 95 et 105 millions d'euros, au lieu de 140 millions précédemment. Sa fourchette initiale allait de 165 à 195 millions d'euros. Pour Test-Achats Invest, ces révisions mettent la crédibilité de la direction sous pression.
Sipef cède 1,1 %. En Indonésie, le groupe rachète la participation de 5 % d'un actionnaire minoritaire dans huit plantations qu'il gérait déjà. L'opération de 42 millions de dollars sera intégralement financée sur ses ressources propres. Sipef percevra ainsi la totalité des bénéfices de ces plantations, contre 95 % auparavant. La transaction doit être clôturée au plus tard le 31 décembre 2026.
TINC gagne 0,8 % et investit 10 millions d'euros au capital de Storm, une entreprise dans laquelle il était déjà présent. Cet investissement concerne le développement de parcs éoliens terrestres et de parcs de batteries. Il sera financé par une ligne de crédit existante.
Bekaert progresse de 0,7 %. Le groupe acquiert pour 140 millions d'euros Dextra, une société thaïlandaise spécialisée dans les armatures pour la construction durable. Financée par la trésorerie et des facilités de crédit, l'acquisition devrait être finalisée au premier semestre 2027 et contribuer immédiatement au bénéfice.
IBA avance de 2,8 % après la signature d'un contrat portant sur l'équipement du premier centre public de protonthérapie en Inde. Le projet prévoit l'installation de sa solution Proteus®ONE1, accompagnée d'un contrat d'exploitation et de maintenance. Les premiers traitements sont attendus d'ici la fin de 2029.






