Viage reste en place jusqu'à la fin juin 2027
La nouvelle concession doit durer quinze ans. Dans l'intervalle, Viage continuera d'exploiter le casino du boulevard Anspach, sur le piétonnier du centre de Bruxelles. Présent depuis 2010, l'opérateur, lié à Casinos Austria International, a obtenu une prolongation de six mois de son contrat actuel, jusqu'au 30 juin 2027 inclus.
La Ville et Viage s'étaient entendus sur cette transition une semaine avant la nouvelle attribution. Il s'agissait de maintenir l'activité et de préserver les emplois des 286 travailleurs alors que la suspension de la première décision rendait incertaine la relève, initialement prévue le 1er janvier 2027.
Ce report représente toutefois des recettes potentielles en moins pour les finances communales. Selon La Libre Belgique, le contrat en cours rapporte environ 4,7 millions d'euros par an, contre quelque 10 millions dans les nouvelles offres de Viage et de Napoleon Games. Sur les six mois de prolongation, la Ville percevrait ainsi environ 2,35 millions d'euros au lieu des quelque 5 millions attendus avec la nouvelle concession, soit un manque à gagner d'environ 2,65 millions d'euros.
Un réexamen après le recours de Casino Austria
Le premier choix de la Ville, arrêté le 17 juillet en faveur du même opérateur, avait été suspendu le 31 août par le Conseil d'État. Casino Austria, la société derrière Viage, avait introduit le recours. Pour cette nouvelle décision, le collège échevinal assure, dans un communiqué transmis à Belga, avoir repris l'analyse des offres dans le cadre légal applicable et en tenant compte de l'arrêt.
Parmi les motifs de suspension figurait le non-respect des obligations du règlement européen sur les subventions étrangères, ou FSR, rapporte La Libre Belgique. La poursuite de la procédure exigeait que la Ville recueille des pièces complémentaires auprès des soumissionnaires, puis les adresse à la Commission européenne. Selon le journal, Viage serait le seul à avoir fourni ces documents. Une réponse de la Commission serait parvenue à la Ville le 28 octobre 2026, mais le média précise ne pas avoir pu confirmer cette dernière information.
Avant le choix du 5 novembre, trois voies étaient possibles, selon La DH/Les Sports+ : retirer la première décision pour en adopter une autre mieux motivée dans le même marché, réévaluer l'ensemble des offres ou recommencer toute la procédure. Cette dernière option aurait nécessité un nouveau cahier des charges, un passage au conseil communal et une nouvelle procédure européenne. Elle aurait pu prendre plus d'un an.
Les critères et les montants au centre des critiques
L'attribution avait suscité de vifs échanges au conseil communal du 21 septembre. Benoît Hellings (Ecolo) contestait notamment les critères d'évaluation retenus pour la décision de juillet. Il reprochait aussi au bourgmestre Philippe Close (PS) de ne pas s'être déporté du dossier alors qu'il est administrateur non rémunéré du Sporting d'Anderlecht. Selon l'élu écologiste, le club, dont Napoleon Games est sponsor, apparaît à plusieurs reprises dans l'offre de l'entreprise.
Dans La DH/Les Sports+, Benoît Hellings a également avancé que l'offre annuelle de Napoleon Games atteindrait 10,075 millions d'euros, contre 10 millions pour Viage : l'écart serait donc de 75 000 euros par an. Ces montants ne figurent pas dans l'arrêt du Conseil d'État et le cabinet du bourgmestre ne les a ni confirmés ni infirmés.
Le conseiller écologiste met aussi en cause la place qu'aurait prise le transfert à Bruxelles de serveurs liés aux jeux en ligne de Napoleon Games. Cette perspective aurait, selon lui, favorisé l'offre de l'opérateur, sans faire partie des critères annoncés dans le cahier des charges, consacré à l'exploitation du casino physique du centre-ville.
Des questions sur le jury et une information judiciaire
Lors du conseil communal de septembre, Bruno Bauwens (PTB) avait critiqué l'évaluation de la note de vision des candidats par un jury "dont on ne connaît pas les noms". Il jugeait cette situation "embêtant" pour un dossier qu'il chiffrait à 750 millions d'euros.
La Libre Belgique a depuis rapporté les noms qui circulent pour ce jury : Pierre Hermant, de Finance & Invest. Brussels, Leila Kabachi, cheffe de cabinet de Philippe Close, ainsi que Christian Vandercam, directeur général de BrinFIn, filiale de Finance & Invest. Brussels, et Marie Radelet, de la régie foncière. Cette composition reste présentée comme supposée.
Face aux critiques sur la transparence, l'échevine Nawal Ben Hamou (PS) avait invoqué les règles de confidentialité de la procédure. Elle avait expliqué que les services communaux et les avocats examinaient l'arrêt afin de sécuriser une nouvelle décision tout en maintenant l'activité. Elle avait aussi précisé que les soumissionnaires devraient recevoir toute nouvelle décision motivée avant sa présentation au conseil communal.
Sur le volet judiciaire, le parquet de Bruxelles avait confirmé fin septembre l'ouverture d'une information pour prise d'intérêt contre X, après le dépôt d'une plainte anonyme.
Napoleon Games expose son projet, avant la signature
Le directeur général de Napoleon Games, Philippe Joos, a salué jeudi, auprès de Belga, la décision de la Ville de "réaffirmer son choix de faire confiance au projet de Napoleon Games". Il présente l'entreprise comme un investisseur de long terme, désireux de nouer des liens entre le casino et les milieux bruxellois de la culture, du sport et de l'entrepreneuriat.
Il a placé les quelque 300 collaborateurs du casino au premier rang de ses préoccupations, soulignant leur expérience, leur savoir-faire et leur connaissance de l'établissement. Dès que la procédure l'autorisera, l'entreprise entend les informer directement et préparer avec eux la suite de l'activité.
Philippe Joos a rappelé les plus de quarante ans d'ancrage belge de Napoleon et ses plusieurs centaines de salariés dans le pays. Pour Bruxelles, il met en avant l'expérience acquise notamment à Knokke, l'accueil et le réseau de partenaires de l'entreprise. Son ambition affichée est de faire du casino une destination dont la ville et ses habitants puissent être fiers durablement.
Selon La Libre Belgique, Napoleon Games appartient depuis son rachat en 2021 au groupe roumain Superbet. Le fonds américain Blackstone était entré au capital de ce groupe dès 2019, à hauteur de 175 millions d'euros. L'homme d'affaires Marc Coucke et le joueur d'échecs Garry Kasparov soutiennent également le dossier bruxellois.
Philippe Joos n'a pas souhaité faire d'autre commentaire avant la signature formelle de la concession.




