1,6 million de Françaises alertées sur un risque de méningiome lié à certains contraceptifs
Environ 1,6 million de femmes utilisant un contraceptif à base de désogestrel seul (Antigone, Cerazette, Elfasette, Optimizette) recevront prochainement un courrier nominatif de l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). L'objectif : les informer d'un risque accru de développer un méningiome, une tumeur se formant à partir des membranes qui entourent le cerveau. Si ce risque est qualifié de faible par l'autorité sanitaire, il nécessite une vigilance particulière.
Les recommandations de l'ANSM concernent également, par précaution, les pilules combinées contenant du désogestrel 150 µg avec de l'éthinylestradiol, ainsi que l'implant contraceptif Nexplanon (étonogestrel), bien que ces produits n'aient pas été directement étudiés dans la recherche scientifique qui a conduit à ces nouvelles directives.
Quels symptômes doivent alerter ?
Le courrier adressé aux femmes concernées liste plusieurs signes qui doivent impérativement conduire à une consultation médicale :
- maux de tête persistants
- troubles visuels
- faiblesse musculaire
- troubles de l'équilibre ou du langage
- perte de mémoire
- apparition ou aggravation d'une épilepsie
Ces manifestations peuvent en effet signaler la présence d'un méningiome.
Cette tumeur peut entraîner de lourdes séquelles neurologiques : vision troublée, perte auditive, perte d'odorat, céphalées chroniques, pertes de mémoire ou crises d'épilepsie. En présence de ces symptômes, une imagerie cérébrale par IRM pourra être réalisée pour établir un diagnostic.
Un risque bien inférieur à celui d'autres progestatifs
L'ANSM insiste sur la nécessité de replacer ce risque dans son contexte.
Ce risque est faible, sans commune mesure avec celui de l'Androcur, qui était multiplié par 20 au bout de cinq ans, a souligné la docteure Isabelle Yoldjian, directrice médicale de l'autorité sanitaire, lors d'un point presse jeudi.
Les chiffres confirment cette relativité : selon une étude du groupement d'intérêt scientifique Epi-Phare menée en 2024, une femme sur 67 000 prenant du désogestrel développe un méningiome lié à ce contraceptif. Ce ratio passe à une sur 17 000 après cinq ans de traitement. Cette recherche, présentée en décembre 2024, a analysé 8 391 femmes opérées d'un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023 en France.
Pour mettre ces données en perspective, l'incidence du méningiome dans la population générale française est d'environ 8 à 9 cas pour 100 000 personnes par an, ce qui en fait une tumeur relativement rare. Les méningiomes représentent environ 40 % de toutes les tumeurs cérébrales diagnostiquées et affectent les femmes deux à trois fois plus fréquemment que les hommes, particulièrement après 40 ans.
Le risque associé au désogestrel est multiplié par deux après sept ans de prise continue. Il concerne en particulier les femmes de plus de 45 ans et celles ayant déjà utilisé pendant plus d'un an un progestatif considéré comme à risque. À titre de comparaison, environ 100 cas de méningiomes par an en France sont attribuables aux progestatifs Lutényl et Lutéran, qui multiplient le risque par 7 à 12 selon la durée d'utilisation.
Un risque réversible après l'arrêt
Un élément rassurant ressort de l'étude Epi-Phare : le risque disparaît un an après l'arrêt du contraceptif au désogestrel, contrairement à certains autres progestatifs où le risque peut persister plus longtemps. Cette réversibilité constitue une différence importante avec les traitements à plus haut risque.
Contrairement aux progestatifs à risque élevé comme l'Androcur, le Lutényl ou le Lutéran, l'ANSM ne préconise pas d'IRM cérébrale systématique pour les femmes sous désogestrel. Cette surveillance par imagerie n'est recommandée qu'en cas de symptômes ou d'antécédent d'exposition prolongée à d'autres progestatifs à risque.
Toutefois, le méningiome a désormais été ajouté à la liste des contre-indications pour les contraceptifs à base de désogestrel et d'étonogestrel, interdisant leur utilisation chez les femmes ayant un méningiome ou des antécédents de méningiome.
Ne pas interrompre sa contraception sans avis médical
Parallèlement aux courriers envoyés aux patientes, 90 000 médecins ayant prescrit une contraception à base de désogestrel seul (dosage 75 microgrammes) seront également informés. L'ANSM recommande toutefois fortement de ne pas interrompre sa contraception sans avis médical, afin d'éviter une grossesse non désirée. Les femmes concernées doivent aborder ce sujet avec leur médecin, gynécologue ou sage-femme lors de leur prochaine consultation de routine.
L'étude Epi-Phare apporte également des informations rassurantes concernant d'autres contraceptifs : aucun surrisque de méningiome n'a été identifié pour les femmes utilisant le lévonorgestrel seul ou en combinaison avec l'éthinylestradiol, ni pour le dispositif intra-utérin hormonal au lévonorgestrel. Ces alternatives restent donc sûres pour les femmes préoccupées par le risque associé au désogestrel.
Une décision européenne
La décision d'inscrire le risque de méningiome dans les notices de ces contraceptifs a été prise durant l'été 2026 par l'Agence européenne des médicaments (EMA), saisie par l'agence française du médicament. Cette mesure s'inscrit donc dans un cadre européen de pharmacovigilance.
L'ANSM met également en ligne une foire aux questions détaillée sur son site (ansm.sante.fr) et rappelle que toute contraception doit être réévaluée chaque année avec son médecin ou sa sage-femme, en fonction des besoins individuels et de l'état de santé de chacune.






