Vaccins infantiles aux États-Unis : la communauté scientifique s'inquiète des décisions de Trump

Un collectif de médecins et chercheurs belges dénonce le décret présidentiel de Donald Trump visant à scinder le vaccin ROR et à espacer les vaccinations infantiles, une mesure qu'ils jugent dangereuse et sans fondement scientifique.

Lucas Michiels

3 min de lecture

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Vaccins infantiles aux États-Unis : la communauté scientifique s'inquiète des décisions de Trump

Le 10 août 2026, le président américain Donald Trump a signé un décret présidentiel enjoignant les services fédéraux de préparer des modifications majeures du calendrier vaccinal destiné aux enfants. Cette décision, présentée sous l'appellation "Gold Standard Childhood Vaccine Recommendations", suscite de vives inquiétudes au sein de la communauté médicale internationale.

Le texte préconise notamment d'administrer le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole sous forme de trois injections distinctes plutôt que combinées, et recommande d'espacer les vaccinations au lieu de les regrouper lors d'une même consultation. Un collectif de médecins et chercheurs belges, dont plusieurs membres de l'Académie royale de Médecine et du Conseil supérieur de la Santé, dénonce cette orientation dans une carte blanche publiée ce samedi.

Aucune justification scientifique

Les signataires rappellent que les vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ont été développés séparément et autorisés aux États-Unis entre 1963 et 1969, avant d'être réunis en 1971 dans le vaccin combiné ROR. Cette formulation est devenue la norme en Europe, aux États-Unis, en Australie, au Japon et au Canada. L'Organisation mondiale de la santé recommande d'ailleurs deux doses de vaccin contenant la composante rougeole et encourage fortement l'utilisation du vaccin combiné.

Aucune donnée scientifique ne démontre que l'administration séparée des vaccins améliore la sécurité, la réponse immunitaire ou les résultats de santé

Les experts précisent que les vaccins individuels contre la rougeole, les oreillons et la rubéole n'existent actuellement ni aux États-Unis ni en Europe, et que les principaux fabricants n'ont aucun projet de développement en ce sens.

Des risques d'accroissement des inégalités

Scinder le vaccin combiné pourrait avoir des conséquences négatives sur la couverture vaccinale. Remplacer une seule administration par trois consultations distinctes implique davantage d'entretiens médicaux, de déplacements, de temps de congé pour les parents et de besoins de garde d'enfants.

Un tel calendrier peut accroître les inégalités existantes en matière de vaccination complète et réalisée à temps

Cette modification intervient alors que les États-Unis font face à une recrudescence de cas de rougeole. Plus de 2.700 cas confirmés ont été recensés fin août 2026, contre 2.289 pour l'ensemble de l'année 2025. Parallèlement, la couverture ROR des enfants américains d'âge préscolaire diminue, passant de 95,2% en 2019-2020 à 92,5% en 2024-2025. Or, la rougeole étant l'une des infections humaines les plus contagieuses, une couverture d'au moins 95% est nécessaire pour empêcher sa propagation.

Le mythe du lien avec l'autisme réfuté

Les experts réfutent également l'idée persistante selon laquelle séparer le vaccin ROR réduirait le risque d'autisme. De nombreuses études ont examiné cette question : une méta-analyse portant sur plus d'un million d'enfants n'a trouvé aucun lien entre vaccination et trouble du spectre de l'autisme. Une étude de cohorte danoise ultérieure, concernant plus de 650.000 enfants, n'a pas davantage observé d'augmentation du risque après vaccination ROR, y compris chez les enfants ayant des antécédents familiaux d'autisme. L'Agence européenne des médicaments et l'OMS souscrivent à ces conclusions.

Concernant les effets indésirables du ROR, largement documentés, les signataires rappellent que la fièvre est fréquente, tandis que les convulsions fébriles et la diminution du nombre de plaquettes restent des complications rares, traitables et limitées dans le temps.

Rien ne prouve que séparer ces trois composantes en trois injections réduise ces risques

Le collectif conclut que ce décret présidentiel risque d'accroître la confusion des parents, les doutes sur la meilleure protection de leurs enfants et la méfiance envers la science et les pouvoirs publics.

Si cette évolution se poursuit, l'Amérique démontrera, malgré elle, la valeur de la vaccination : quand la couverture vaccinale recule, les maladies que l'on croyait maîtrisées reviennent. Et avec elles, des hospitalisations et des décès que nous savons prévenir.
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