Un donneur danois dont le sperme a été utilisé pour concevoir 53 enfants en Belgique auprès de 39 femmes différentes avait effectué ses dons dès les années 90
Un donneur danois dont le sperme a été utilisé pour concevoir 53 enfants en Belgique auprès de 39 femmes différentes avait effectué ses dons dès les années 90, selon Ole Schou, directeur général de Cryos International. Cette banque de sperme danoise, fondée en 1987 à Aarhus et devenue la plus importante au monde, livre ses produits dans plus de 100 pays.
Le cas a été révélé après la détection d'une anomalie génétique dans le sperme du donneur, susceptible d'entraîner de graves risques pour la santé. Une alerte rapide européenne a été lancée fin juillet concernant ce donneur.
Ole Schou affirme qu'il s'agit d'un
cas historique, qui n'est pas représentatif de notre gestion actuelle des quotas. Il précise qu'aucune limite n'était en vigueur en Belgique avant 2007. Effectivement, la loi belge sur la procréation médicalement assistée adoptée le 6 juillet 2007 limite l'utilisation du sperme d'un même donneur à six familles ou femmes différentes. Avant cette date, la pratique du don de sperme n'était pas réglementée dans le pays.
Cette dépendance à l'égard des donneurs étrangers s'explique par le fait qu'environ 50 à 63% du sperme de donneur utilisé en Belgique est importé, principalement depuis le Danemark. Ce pays nordique exporte plus de 90% de son sperme vers d'autres États membres de l'Union européenne et représente le premier exportateur mondial. Plus de 1% des enfants nés au Danemark sont conçus par don de sperme, le taux le plus élevé d'Europe.
Incertitudes sur la période d'utilisation
Les informations publiées par l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) après l'alerte rapide suggèrent toutefois qu'au moins une partie des 53 enfants ont été conçus après 2007. Selon des sources officielles de l'AFMPS, le sperme de ce donneur danois a été utilisé en Belgique entre 2007 et 2017. Une mutation génétique suspectée du gène TP53 a été signalée en 2020, puis confirmée en 2023. Le donneur a été définitivement bloqué le 30 octobre 2023, et une alerte rapide européenne a été émise le 8 novembre 2023 via le système RATC (Rapid Alert for Tissues and Cells), une plateforme accessible 24h/24 qui permet aux autorités compétentes des États membres de l'UE de communiquer les alertes concernant les risques sanitaires graves liés aux tissus et cellules distribués au-delà des frontières.
L'AFMPS n'a pas pu préciser au journal durant quelle période exacte le sperme du donneur avait été utilisé en Belgique. On ignore également si celui-ci a été conservé pendant des années au sein de la banque Cryos ou s'il a été stocké par les cliniques de fertilité elles-mêmes.
Après l'alerte rapide lancée, l'utilisation du sperme de ce donneur a été bloquée en Belgique. Son sperme avait également été envoyé depuis le Danemark vers 22 autres pays européens ainsi qu'aux États-Unis.
Un vide réglementaire européen
Ce cas met en lumière l'absence de réglementation internationale en Europe concernant le nombre d'enfants ou de familles par donneur. Si de nombreux pays européens ont adopté des limites nationales allant de 3 à 12 familles, aucune règle commune n'existe à l'échelle du continent. Certaines banques de sperme commerciales ont établi des limites volontaires pouvant atteindre 75 familles par donneur, tandis que d'autres n'en imposent aucune.
Ce n'est pas le premier incident de ce type impliquant un donneur danois. Un autre cas a concerné un donneur qui a engendré au moins 197 enfants via 67 cliniques dans 14 pays. Tous portent une mutation génétique liée à un cancer mortel, et certains enfants sont décédés.
Face à ces scandales, la Société européenne de reproduction humaine et d'embryologie (ESHRE) a recommandé en juillet 2026 l'établissement d'une limite européenne commençant à 50 familles par donneur et se réduisant progressivement à 15 familles. L'organisation préconise également la création d'un registre européen commun des donneurs.
La Belgique a déjà mis en œuvre des réformes globales suite à ce scandale. Le registre existant des donneurs Fertidata sera élargi pour inclure les dossiers de 2007 à 2024. Les réformes comprennent également un renforcement de la surveillance de l'industrie de la fertilité, avec une augmentation des inspections des cliniques jusqu'en 2027, et la création d'une unité dédiée au sein de l'AFMPS pour coordonner les activités des centres de fertilité.






