Projet controversé de poulailler pour 18.000 volailles à Chevetogne
Un projet d'élevage avicole à Chevetogne, sous-commune de Ciney dans la province de Namur, suscite une vive opposition. Le couple d'exploitants à l'origine du projet envisage d'installer 18.000 volailles dans deux poulaillers sur un terrain de 720 mètres carrés de bâti et 200.000 mètres carrés d'espace extérieur. Une enquête publique est actuellement en cours et se terminera le 18 septembre prochain.
Anne Aertsen, qui mène le projet avec son conjoint, rejette fermement l'accusation d'élevage industriel.
Je reste patronne et propriétaire de mon exploitation. Payée au kilo livré, j'ai tout intérêt à bien soigner mes poussins, précise-t-elle. L'exploitante prévoit d'élever des poulets de type A936, une race à croissance lente nécessitant environ 81 jours pour atteindre le poids de marché, soit presque le double des races à croissance rapide. Chaque volaille disposera d'un mètre carré d'espace extérieur, une norme qui correspond aux pratiques de l'entreprise partenaire.
Un encadrement strict par Ardenne Volaille
Le projet s'inscrit dans le cadre d'une collaboration avec Ardenne Volaille, entreprise établie à Bertrix depuis 2010 qui travaille avec une trentaine d'éleveurs wallons et traite environ 50.000 poulets par semaine. L'éleveuse devra respecter un cahier des charges rigoureux. Le dirigeant d'Ardenne Volaille insiste sur le fait que
le bien-être animal est fondamentaldans leur approche. Les races à croissance lente présentent effectivement moins de problèmes squelettiques et cardiovasculaires que leurs homologues à croissance rapide, selon les recherches scientifiques. La Belgique applique par ailleurs la directive européenne 2007/43/CE sur la protection des poulets d'élevage, complétée par une législation nationale stricte en matière de bien-être animal.
Inquiétudes environnementales et paysagères
Les opposants au projet dénoncent un aménagement qui dénaturerait un site naturel emblématique visible à plusieurs kilomètres, situé sur une ligne de crête. La région de Chevetogne est notamment réputée pour son Domaine Provincial, vaste parc naturel qui attire les familles et les amateurs de plein air.
L'élevage en plein air pose des problèmes environnementaux majeurs. Les nombreuses fientes dégagent aussi de l'ammoniaque, toxique pour les voies respiratoires, soulignent des riverains et experts. Les études scientifiques confirment que des niveaux d'ammoniaque supérieurs à 25 ppm peuvent provoquer des troubles respiratoires, une réduction de la prise alimentaire et une sensibilité accrue aux maladies chez les oiseaux, tout en causant des irritations oculaires, cutanées et respiratoires chez l'homme.
Confusion politique autour de l'instruction du dossier
Anne Aertsen affirme avoir adapté son projet aux recommandations des autorités locales :
Les bâtiments ne seront pas sur la ligne de crête, nous les avons descendus de 57 mètres dans le champ, à la demande de l'échevin de l'Urbanisme Guy Milcamps qui suit ce projet depuis un an. Celui-ci nous a garanti une autorisation à ces conditions. Mais la version de l'échevin diffère sensiblement :
Je n'ai rien instruit car j'étais malade, c'est mon collègue Frédérick Botin (C CLAIR) qui l'a assumé, déclare Guy Milcamps, créant une confusion sur les engagements réellement pris par les autorités communales.
Cette divergence de récits ajoute une dimension supplémentaire à une controverse qui oppose deux visions du développement agricole : d'un côté, des exploitants défendant un modèle d'élevage extensif répondant aux normes belges, parmi les plus strictes d'Europe après la Scandinavie et la Suisse ; de l'autre, des riverains soucieux de préserver le caractère naturel d'un territoire prisé pour ses qualités paysagères.





