Un accord que Trump dit avoir conclu avec Netanyahu
Au téléphone sur Fox News, le président américain a assuré qu'une entente avait été trouvée plusieurs mois auparavant pour arrêter ces versements. Selon lui, le Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu était "d'accord". Donald Trump a justifié sa décision par la prospérité d'Israël : "Israël est un pays très prospère. Ils n'en ont pas besoin". Il a toutefois ajouté : "Nous aiderons Israël s'ils en ont besoin."
D'après CNN et NBC News, Donald Trump attribue à Benjamin Netanyahu l'initiative de cette démarche et affirme que leurs échanges sur le sujet durent depuis environ deux ans. Il a également précisé que les États-Unis continueraient à vendre des armes à Israël, qui pourrait acheter tout ce qu'il souhaite, rapporte CNN. L'annonce porte donc sur le financement américain, pas sur l'arrêt des ventes d'armement.
Un engagement de 38 milliards de dollars prévu jusqu'en 2028
Le dispositif en vigueur repose sur un mémorandum signé en 2016 sous la présidence de Barack Obama et dont l'application a commencé en 2019. Il prévoit 38 milliards de dollars sur dix ans : 33 milliards destinés à l'achat d'armements et 5 milliards à la défense antimissile. La Maison-Blanche d'Obama le présentait comme le plus important engagement d'aide militaire jamais consenti par les États-Unis à un pays. Il prenait la suite d'un mémorandum de 30 milliards de dollars signé en 2007.
Son échéance est fixée à 2028, rappellent CNN et NBC News. Un arrêt dès la fin de 2026, comme semble l'envisager Donald Trump, interviendrait donc avant le terme prévu. À ce stade, ni la date effective d'une suppression ou d'une restructuration de l'aide, ni la réaction du Congrès ne sont connues. Selon CNN, Washington et Israël ont ouvert en mai 2026 des négociations formelles sur un accord de remplacement, sans qu'un cadre précis soit encore établi.
Les montants engagés depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 dépassent ce seul cadre annuel. Dans un document cité par NBC News, William D. Hartung, chercheur au Quincy Institute for Responsible Statecraft, estime à au moins 21,7 milliards de dollars l'aide militaire américaine à Israël au cours des deux années qui ont suivi l'attaque. En septembre 2026, l'administration Trump avait par ailleurs autorisé une vente de bombes lourdes de 2,8 milliards de dollars, selon CNN.
En Israël, Eisenkot met en cause le Premier ministre sortant
Benjamin Netanyahu avait déjà affiché son souhait de réduire la dépendance financière de son pays envers son allié américain. En mai, il avait expliqué à CBS vouloir ramener ce soutien à "zéro". Quelques jours avant les récentes législatives israéliennes, il avait aussi averti sur une chaîne israélienne que les dizaines de milliards de dollars d'aide obtenus pour le budget de la défense ne continueraient pas à être versés, rapporte CNN.
Le scrutin n'a donné de majorité ni au bloc du Premier ministre sortant, soutenu avec insistance par Donald Trump, ni à celui de son principal rival, Gadi Eisenkot. Ce dernier a réagi mardi à l'annonce américaine en estimant qu'elle démontrait la nécessité du départ de Benjamin Netanyahu.
Dans un communiqué sur X, Gadi Eisenkot a reproché au chef du gouvernement d'avoir laissé l'appareil de défense israélien découvrir par les médias, en même temps que la population, ce changement dans les relations stratégiques avec Washington. Il juge cette conduite dangereuse et considère que Benjamin Netanyahu ne mérite plus la confiance des Israéliens et doit être remplacé.
Le soutien à Israël au coeur de la bataille électorale américaine
Donald Trump a lui-même relié son annonce aux critiques formulées pendant la campagne américaine. Interrogé par Fox News sur ses motivations, il a répondu : "Pourquoi devrions-nous subir les attaques d'insensés comme cet El-Sayed alors qu'ils (Israël) n'en ont pas besoin ? Cela envoie un très mauvais message."
Il visait Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan face au républicain Mike Rogers. Celui-ci pourrait devenir le premier sénateur musulman des États-Unis. Dans cet État industriel du nord du pays, où vit une importante communauté musulmane, le soutien à Israël fait l'objet d'un vif débat. Les positions pro-palestiniennes et anti-Israël d'Abdul El-Sayed lui ont valu de fortes critiques. Dimanche, ce désaccord a conduit Haley Stevens, qu'il avait battue à la primaire démocrate, à rallier son adversaire républicain.
Les divisions dépassent le Michigan et traversent les deux grands partis. L'offensive israélienne à Gaza, lancée après l'attaque sans précédent du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, divise profondément les Américains. Selon Aaron David Miller, ancien négociateur américain pour le Moyen-Orient, la question israélienne est aussi devenue profondément polarisante au sein du Parti républicain. Dans ses déclarations rapportées par CNN, il cite notamment les figures MAGA Tucker Carlson et Marjorie Taylor Greene, ainsi que le vice-président.
Ces élections de mi-mandat, déterminantes pour les deux dernières années de la présidence Trump, prennent les allures d'un référendum sur son action. Elles se déroulent dans un climat de mécontentement lié au coût de la vie et à la guerre au Moyen-Orient, plus de huit mois après son déclenchement par une attaque israélo-américaine contre l'Iran.
De nouvelles frappes en Iran et une réaction du marché pétrolier
L'annonce sur l'aide à Israël intervient alors que le conflit avec l'Iran se poursuit. Donald Trump a confirmé mardi de nouvelles frappes américaines sur le territoire iranien. Sur X, Aaron David Miller, également chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, a estimé qu'Israël devrait malgré tout "obtenir tout ce qu'il veut ou dont il a besoin, voire davantage". À ses yeux, Washington et Israël semblent se diriger vers un conflit majeur et une reprise de la guerre avec l'Iran.
Les marchés pétroliers ont réagi autrement aux propos du président. Selon NBC News, le Brent a perdu 3 % pour tomber à 101 dollars le baril, son plus bas niveau en plus de trois semaines : les investisseurs y voyaient un signe possible d'une fin de la guerre avec l'Iran sans escalade. Le baril est ensuite remonté à 103 dollars en milieu de journée.






